AccueilAlain Chapuis : « La Covid-19 a aussi été une opportunité »

Alain Chapuis : « La Covid-19 a aussi été une opportunité »

Alain Chapuis, référent régional prévention-accessibilité de la FFB Aura, fait le point sur la crise sanitaire, les accidents du travail et les enjeux de prévention-sécurité.
Alain Chapuis : « La Covid-19 a aussi été une opportunité »
Sandrine Roudeix - Alain Chapuis, référent régional prévention-accessibilité de la FFB Aura.

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Quel bilan faites-vous de l'adaptation des entreprises à la crise sanitaire ?

Dès mars 2020, la branche du BTP s'est mobilisée en collaboration avec l'OPPBTP. Grâce à cette forte réactivité, nous avons pu diffuser dès le 2 avril un guide de sécurité sanitaire pour permettre la remise au travail et le maintien de l'activité. A ce jour, le guide a été actualisé plus d'une dizaine de fois afin de s'adapter à l'évolution des consignes sanitaires. Ce document fait référence dans la profession.

Les nouveaux process et les gestes barrières ont-ils été facilement déployés ?

Les entreprises ont eu des difficultés à prendre en compte le surcoût et l'allongement des délais liés aux différentes consignes. Pour voir l'aspect positif, la Covid-19 a aussi été une opportunité car ça a obligé la profession à faire d'importants efforts et a progressé rapidement sur toutes les questions sanitaires. Les retombées sont positives en termes d'image vis-à-vis de l'extérieur et de confort de travail pour nos équipes. Les installations de chantier sont davantage contrôlées et nettoyées par exemple. Les entreprises ont fait face à quelques difficultés techniques, notamment pour mettre en place plus de bungalows pour les repas, mais elles ont su trouver des solutions.

Y-a-t-il des points à améliorer ?

Les gestes barrières sont parfois difficiles à faire respecter. Le principal point faible concerne les transports. Lors des trajets, la distanciation physique et le port du masque ne sont pas toujours appliqués à l'intérieur du véhicule. Sur les chantiers, un ouvrier qui travaille seul dans un coin aura aussi tendance à ne pas porter le masque. Pour toutes ces raisons, il est essentiel de rappeler régulièrement les bons gestes.

Plus globalement, quel constat faites-vous sur les accidents du travail dans les entreprises régionales ?

Le BTP reste un secteur à forte sinistralité. En 2019, nous avons dénombré 88 000 accidents du travail dont 176 mortels. L'indice de sinistralité (nombre d'accidents pour 1 000 salariés) était de 85 en 2006, 62 en 2015 et 51 en 2019. Le nombre d'accidents reste trop élevé. Nous ne devons pas baisser la garde, mais au contraire redoubler nos efforts.

Les principaux risques évoluent-ils ou pas ?

Les chutes de hauteur ou de plain-pied sont toujours la principale cause d'accidents. La Covid-19, qui implique plus d'organisation et de rangement sur le chantier, contribue à diminuer ce risque de chute. Les TMS (troubles musculo-squelettiques) connaissent une courbe inverse aux autres risques et sont en progression constante car la mécanisation du travail est assez peu répandue dans le BTP.

Comment permettre aux actions de prévention-sécurité de mieux porter leurs fruits ?

Il y a une vraie culture prévention à inculquer, notamment auprès des intérimaires et des jeunes qui ont une méconnaissance des risques. Nous travaillons déjà avec les sociétés d'intérim et les centres de formation pour mieux traiter cette question. Plus globalement, c'est toute la chaîne de l'acte de construire qui doit être impliquée. A ce titre, le Plan Régional Santé Travail 3 a permis de sensibiliser les maîtres d'ouvrage et maîtres d'œuvre, comme les collectivités et les architectes, afin de réfléchir à la prévention dès la conception du bâtiment.

Y-a-t-il eu des actions récentes en faveur de la prévention-sécurité ?

Cette année, la Journée de la Prévention s'est transformée en Semaine de la Prévention et s'est déroulée 100 % en digital du 29 mars au 2 avril. Les 40 créneaux de webinaires ont permis d'aborder les risques routiers, les manutentions manuelles et TMS, les travaux en hauteur, les poussières et risques chimiques… Plus de 2 100 connexions, regroupant plusieurs personnes, ont été enregistrées. Les webinaires ont surtout été suivis par les chefs d'entreprise et les encadrants, il faudra réussir à mobiliser davantage le public des salariés.

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