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Alain Audouard (CMA du Rhône) : « Une spirale vertueuse doit se mettre en place »

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Alain Audouard (CMA du Rhône) : « Une spirale vertueuse doit se mettre en place »
© Studio 6 - Alain Audouard quittera la présidence de la CMA du Rhône en 2021

Alain Audouard, président de la Chambre de métiers et de l'artisanat du Rhône, entame sa dernière année de présidence et laissera la main en 2021. Il revient, avec son secrétaire général Frank Lebel, sur la crise liée à l'épidémie de Covid-19 et le déconfinement.

Est-il possible d'évaluer le nombre d'entreprises artisanales ayant continué à travailler pendant le confinement ?

Alain Audouard : Très peu, c'est resté marginal. Quelques artisans du bâtiment ont continué parce que travaillant dans des lieux vides. Ensuite, c'est très vite reparti lors du déconfinement, mais tout ceci est resté très compliqué dans les lieux occupés. Ce fut également difficile sur le plan de l'approvisionnement en matériaux et en produits et ce, dans tous les métiers. La plupart des plateformes étaient fermées.

Le problème majeur, qui reste malheureusement toujours d'actualité, c'est la responsabilité qui existe vis-à-vis du client et vis-à-vis des employés des entreprises. Lors de la reprise, la responsabilité du dirigeant en cas de transmission et de contagion a été la toute première question webinaire traitée, recueillant quelque 600 connexions. Des entreprises artisanales se sont mobilisées pour transformer leurs fabrications afin de réaliser des masques, du gel, des visières... Un miroitier s'est mis à produire des protections plexiglas pour les taxis, un ambulancier a conçu un brancard sécurisé…

La crise a-t-elle été vécue de façon différente selon les métiers ?

A. A. : Il y a eu un dysfonctionnement de l'Etat : pourquoi les grandes surfaces sont-elles restées ouvertes et vendaient de tout, alors que les artisans fleuristes, coiffeurs, restaurateurs et autres boutiques d'habillement ont dû fermer leurs portes ?

Un recours est-il possible ?

A. A. : Un recours national est en route pour obtenir un dédommagement, pourquoi pas... Le chiffrage du manque à gagner est vite fait : ce sont deux mois de chiffre d'affaires en moins.


« L'investissement sur l'avenir passe par l'artisanat et l'apprentissage »

Alain Audouard, président de la CMA du Rhône


Tirerons-nous quelque chose de positif de cette crise ?

A. A. : Peut-être des habitudes de consommation plus locales. Les gens ont redécouvert les maraîchers autour de chez eux. On ne peut qu'inciter les artisans pâtissiers à continuer à se fournir en fruits locaux, dans les Monts du Lyonnais par exemple.

Frank Lebel : Le confinement a été un formidable accélérateur des pratiques numériques. On est passé de 30 % d'utilisateurs réguliers à 80 % (friendly users). Nous avons mis en place une plateforme avec La Poste : « mavillemonshopping.fr ». Un tel partenariat nous semblait plus proche de nos valeurs qu'un autre de type Amazon, par exemple, et ça a marché tout de suite, permettant à plusieurs centaines d'artisans de trouver des débouchés. Il faut continuer, car cela incite à consommer local.

Nous avons aussi organisé un webinaire avec 800 esthéticiennes, quatre fois plus que ce que l'on n'a jamais pu faire en salle de réunion ! Un autre webinaire avec l'Urssaf et 500 participants. Nous avons également connu un grand succès avec les « Rendez-vous de l'apprentissage », organisés tous les mercredis après-midis avec les jeunes. On s'est aperçus qu'ils posaient plus facilement des questions en webinaires qu'en présentiel.

A. A. : Pour tous les métiers de contact direct avec les clients, cela fut très compliqué au moment de la reprise. On a eu beaucoup d'interrogations et de questions. Encore aujourd'hui, comment voulez-vous expliquer aux professionnels que l'on fait reprendre les scolaires depuis le 22 juin pour deux semaines de cours et sans distanciation sociale possible et que, par ailleurs, on organise un deuxième tour des élections municipales le 28 juin alors que, dans les entreprises, on est encore contraints aux gestes barrières ? J'aurais aimé que le président Emmanuel Macron lève les protocoles, y compris dans les entreprises artisanales.

F. L. : Le maître-mot de cette sortie de crise est « l'hybride » : les gens pourront suivre toutes les formations via le web ou en salle. L'enjeu tournera autour des 20 % qui n'ont pas accès au numérique et/ou qui n'ont pas répondu présent, souvent les plus précaires. Nous avons connu des cas très difficiles au sein de notre cellule d'accompagnement psychologique dédiée. Nous recevons 350 appels quotidiens et nous avons traité 2 500 cas directement liés au Covid-19.

A. A. : Tous les professionnels, indépendants, seuls ou non, sont ressortissants de la CMA en fonction de leur activité. On rappelle que le statut d'auto-entrepreneur n'existe plus.

La Région a indiqué que tous ses chantiers programmés devaient reprendre ou démarrer sans attendre dès la rentrée de septembre. Les artisans vont-ils travailler davantage cet été et seront-ils contraints de réduire leurs vacances ?

A. A. : Les artisans, comme les autres, sont attachés à leurs vacances. Le Covid-19 n'a pas tiré un trait sur les congés et les employés souhaitent les prendre même s'ils sont restés deux mois en chômage partiel.

F. L. : On peut d'ailleurs espérer que beaucoup de Français partent en vacances pour faire travailler les métiers qui en profiteront.

A. A. : Les artisans du bâtiment seront au boulot sur les commandes publiques. La relance doit venir de l'Etat, c'est une spirale vertueuse qui doit se mettre en place, le reste suivra. Moins il y aura de personnels au chômage, moins cela coûtera cher à l'Etat…

F. L. : L'Etat ne dépense pas tant que cela. Dans ses 500 Md€, le gouvernement français inclut les Prêts garantis d'Etat (PGE) et dépense moins, proportionnellement, que le gouvernement allemand. En France, les petites entreprises artisanales ont touché 1 500 €, alors qu'en Allemagne l'aide s'élevait à 3 000 €. En revanche, la Métropole de Lyon a été la seule à aider directement les entreprises à cette hauteur.

A. A. : De plus s'est posé le problème du conjoint collaborateur : lorsque l'épouse de l'artisan travaille avec son conjoint, les aides n'ont pas suivi.


« Le maître-mot de cette sortie de crise est "l'hybride" : les gens pourront suivre toutes les formations via le web ou en salle. L'enjeu tournera autour des 20 % qui n'ont pas accès au numérique et/ou qui n'ont pas répondu présent, souvent les plus précaires »

Frank Lebel, secrétaire général de la CMA du Rhône


Vous attirez l'attention des pouvoirs publics sur l'apprentissage. Que se passe-t-il ?

A. A. : On est dans une situation quasiment catastrophique : les entreprises n'embauchent plus d'apprentis depuis la crise du Covid-19, pour des raisons évidemment financières, mais aussi d'incertitude sur l'avenir. Je leur tiens un discours de mise en garde car, si les entreprises n'embauchent pas, nous aurons de graves problèmes dans moins de trois ans. Nous avons déjà une pénurie de main-d'œuvre qualifiée...

Au niveau national, des négociations sont en cours pour que l'apprenti ne coûte plus rien (ou quasiment) au chef d'entreprise, de sorte que ces derniers n'aient plus qu'à former. Il y a des jeunes qui n'attendent que cela. Pensez, 700 000 arrivent sur le marché du travail chaque année ! L'investissement sur l'avenir passe par l'artisanat et l'apprentissage.

F. L. : En 2023, la grande finale mondiale des WorldSkills sera organisée à Lyon, aussi c'est maintenant qu'il faut recruter !

L'apprentissage en danger

Depuis la mise en place de la réforme de l'apprentissage en 2019, les centres de formation des apprentis (CFA) ne sont plus financés par la Région, mais par les contrats. Cela pose des problèmes en sortie de crise où, faute de contrats, certaines sections - comme la métallurgie et la mécanique - risquent de fermer. Il sera alors très difficile de rouvrir le moment venu...

Lors de son assemblée générale du 16 juin, la Chambre de métiers et de l'artisanat du Rhône (qui représente plus de 500 métiers et 40 000 entreprises) a posé une motion pour alerter les pouvoirs publics. Le texte propose six mesures de soutien et de revalorisation de l'apprentissage. Soit : un réseau de développeurs de l'apprentissage au sein du réseau des chambres de métiers ; revaloriser le montant de l'aide unique à l'apprentissage ; un accès à l'aide unique à l'apprentissage sans considération du niveau de diplôme préparé par l'apprenti ; un accompagnement renforcé prévoyant l'appui à la recherche d'entreprise ; faire bénéficier les entreprises recrutant un adulte en reconversion en contrat de professionnalisation d'une aide équivalente à l'aide unique à l'apprentissage ; un plan formation et accompagnement individuel, afin d'accélérer la numérisation et la digitalisation des artisans.

Pour des raisons principalement financières, les entreprises n'embauchent plus d'apprentis depuis la crise du Covid-19 / Photo DR




Eric SEVEYRAT
Journaliste

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