AccueilArchitecture / Patrick Miton : « Paris est notre relais de croissance »

Architecture / Patrick Miton : « Paris est notre relais de croissance »

Le cabinet d'architecture pluridisciplinaire Soho Atlas vient de publier l'ouvrage Happy 10+1, qui retrace onze ans d'histoire et de réalisations. Plus d'une décennie qui n'a pas toujours été un long fleuve tranquille, mais qui a permis à l'agence lyonnaise de se faire un nom.
Architecture / Patrick Miton : « Paris est notre relais de croissance »

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Racontez-nous les débuts de Soho Atlas ?

L'agence Soho a été créée en 2007 par Olivier Malapert, Pascal Zeller et moi-même. Nous étions trois architectes avec un peu d'expérience, désireux de bâtir une agence à notre image et qui puisse perdurer au-delà de nous. Nous nous inscrivions en rupture avec les architectes en nom propre. Soho, dont le nom reflète l'ouverture d'esprit et d'autres horizons, se positionnait comme une société de services dans le secteur de l'architecture. Très vite, nous avons croisé le chemin des architectes Vergely et Gimbert, du cabinet Aurea, qui nous ont proposé de reprendre leurs activités et leurs 15 salariés. Soho comptait alors 10 personnes. Nous n'avions pas imaginé ce scénario, mais c'était un challenge entrepreneurial intéressant et ça donnait à Soho un effet accélérateur pour passer un cap. Fin 2007, la reprise était actée ; quelques mois plus tard, nous prenions la crise de plein fouet.

Comment l'agence a-t-elle traversé la crise ?

Nous avons été confrontés à la dure loi de l'entreprise et avons été obligés de faire un plan de licenciement. Nous étions environ 35 personnes et nous avons dû nous séparer d'une dizaine de collaborateurs. Ensuite, nous avons eu de la chance car nous avons gagné trois concours, dont le terminal low cost de l'aéroport Lyon-Saint Exupéry. Ca nous a redonné de l'oxygène et, fin 2009, l'agence était sortie d'affaire. Après, nous avons démarré une réflexion sur la construction de nos propres locaux ; nous nous sommes rapprochés de DCB International, avec qui nous avions commencé à travailler. C'est en 2013 que nous avons emménagé dans l'immeuble Empreinte, sur le quai Perrache.

Qu'est-ce qui marque un tournant pour l'agence ?

Nous avions fait le constat que l'étiquette lyonnaise était contraignante pour nous positionner sur d'autres projets en France. Notre développement passait donc par une agence à Paris et nous avons repris en 2014 l'agence de Laurent Meyer, qui partait à la retraite. L'année suivante, nous avons rencontré l'agence Atlas, avec 5 personnes à Saint-Étienne et 5 personnes à Lyon. Positionnée sur la commande publique, Atlas imaginait des lycées, des gymnases, des Ehpad… Des domaines dans lesquels Soho n'était pas présente. En 2016, nous avons acté un rapprochement entre Soho et Atlas pour élargir le spectre de nos compétences. Depuis le 1er janvier 2018, Soho Atlas est devenue une seule et même entité avec des implantations à Lyon, Paris et Saint-Étienne.

Que représente aujourd'hui Soho Atlas ?

L'agence réunit 6 associés (Cyril Bourmeyster, Olivier Malapert, Patrick Miton, Luis Reggiardo, Olivier Tissot et Pascal Zeller) et emploie 68 collaborateurs. Nous sommes présents dans tous les domaines de l'immobilier, hormis le gros hospitalier, même si le bureau et le logement restent nos deux principaux secteurs d'intervention. En fonction des années, les équipements, la logistique ou les bâtiments de PME/PMI complètent le podium de nos secteurs les plus forts. La logistique a repris de la vigueur et, aujourd'hui, nous réfléchissons beaucoup à la logistique urbaine. Pour l'agence, le challenge consiste à faire connaître notre panel de compétences. D'autant plus que nous sommes allés plus loin que l'architecture au sens strict. En effet, nous employons 4 architectes d'intérieur, 6 responsables de travaux, 2 infographistes et 1 maquettiste pour répondre aux besoins de nos clients.

Comment voyez-vous l'évolution de votre secteur ?

Les outils évoluent sans cesse. La technologie prend de plus en plus de place et accroît le niveau d'attente et d'exigence des clients. Nous avons franchi le cap de la 3e dimension avec le BIM, pour lequel nous avons formé tous nos salariés sur deux ans. La réalité augmentée devient aussi de plus en plus présente, même s'il faut savoir lui donner une finalité pour qu'elle ne se transforme pas en un gadget supplémentaire. Face à tous ces changements, qui représentent des investissements importants, il faut avoir les reins solides et être bien structuré pour continuer d'exister et de se développer.

Quel regard portez-vous sur votre métier d'architecte ?

L'architecte est un prestataire de services qui apporte du conseil, de l'expertise, un savoir-faire technique, une valeur ajoutée créative et esthétique dans le cadre de la réalisation d'un bâtiment. Je regrette que l'architecte ne soit plus force de propositions. J'aimerais qu'on puisse prendre du recul pour analyser et être davantage positionné comme un acteur urbain en amont.

L'architecture n'est-elle pas de plus en plus brimée et bridée ?

Certains fustigent un trop-plein de normes. Je pense que notre mission est de donner de l'élégance et de l'harmonie en dépit des contraintes. Il faut aussi réussir à modérer les effets de mode pour avoir sa propre écriture. Avec un nom commun, Soho Atlas, plutôt qu'un nom propre, notre ambition est de ne pas perdre notre qualité et notre exigence architecturales, tout en apportant un regard collectif sur les projets.

Parlez-nous de quelques-uns de vos projets en cours ?

Parlons de projets de nature différente. Le programme Initial Grand Parilly, réalisé par Fontanel Immobilier, proposera 8 000 m2 de bureaux et 2 000 m2 de restauration. Pour ce bâtiment, situé le long du périphérique avec 140 000 passages/jour, nous avons cherché de la hauteur pour être un signal. Après avoir travaillé sur le simulateur de chute libre iFLY, à Bron, nous étudions un projet similaire dans le Sud. À Annemasse, nous prenons part à un projet de résidences senior avec SLC. Autour des équipements, nous sommes très fiers de la restructuration de la tranche 2 de la Piscine du Rhône avec des bassins en inox. Cette référence nous a permis de gagner d'autres projets piscine à Avignon, Antibes, Vaugneray. En démolition-restructuration-reconstruction, nous avons été choisis par le Crédit Agricole Centre France, face à quatre autres cabinets, pour son siège de Clermont-Ferrand. Ce projet porte sur une surface d'environ 16 000 m2 pour un budget de 25 M€. À Lyon enfin, sur le site M+M, à côté du siège de la Métropole, nous travaillons avec DCB International et en partenariat avec le cabinet américain KPF sur un projet mixant commerces, bureaux et logements.

« Je regrette que l'architecte ne soit plus force de proposition,

j'aimerais être davantage positionné comme un acteur urbain en amont »

Quel avenir pour Soho Atlas ?

L'avenir est aux agences structurées. Notre relais de croissance, c'est Paris, qui constitue clairement la prochaine étape. Sans renier notre ancrage lyonnais, nous avons besoin de consolider et d'étoffer notre poids sur la capitale, car le bassin d'activités y est colossal. Le logement et le bureau seront nos deux locomotives pour y parvenir. C'est aussi à Paris que sont décidés les grands projets logistiques.

Un dernier mot…

Nous sommes actuellement dans un contexte général plutôt porteur et je trouve que nous vivons une période stimulante.

La Piscine du Rhône, un chantier emblématique de l'agence / © Soho Atlas

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