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Avec le biosourcé, cap sur la construction éco-responsable

Si la mise en place de la RE2020 au 1er janvier dernier a mis un coup de boost à l’utilisation des matériaux biosourcés dans la construction, leur utilisation reste encore trop confidentielle.
Avec le biosourcé, cap sur la construction éco-responsable
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Depuis plusieurs mois, ils sont partout lorsque l’on parle construction ou rénovation. Bien décidé à verdir son image, le secteur du bâtiment mise, en effet sur eux pour réduire son impact carbone. Eux, ce sont les matériaux biosourcés.

Le biosourcé, "des matériaux issus du vivant"

Définis comme issus de la biomasse d’origine animale ou végétale, ils sont, pour Laurent Arnaud, directeur du département bâtiment durable au Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), un peu plus complexes que ça.

"Souvent, je les présente en disant que ce sont des matériaux issus du vivant. Mais, pour être plus précis, je préfère parler de matériaux valorisables, utilisés dans la construction. Ce qui fait que l’on va inclure dans les matériaux biosourcés tout ce qui est issu du recyclage, notamment du textile coton qui peut être réutilisé dans le domaine du bâtiment."

De vraies capacités hygroscopiques

Si, aujourd’hui, le biosourcé est sur toutes les lèvres, c’est principalement en réponse à l’instauration de la RE2020, le 1er janvier dernier, qui vise à diminuer l’impact carbone des nouveaux bâtiments. Mais, pour Laurent Arnaud, l’intérêt pour ces matériaux plus "verts" est beaucoup plus ancien.

"J’ai commencé à travailler sur la question en 1996. Ce qui démontre bien que, même s’ils semblent nouveaux pour beaucoup, on a tout de même suffisamment de recul pour avoir une connaissance assez fine de leurs performances." Et, à en croire Alexis Faraut, conseiller énergie climat à l’Alec Lyon, elles sont plutôt efficaces.

"Si on ne doit parler que des isolants, qu’ils soient ouate de cellulose, lin, chanvre ou coton, ils ont de vraies capacités hygroscopiques. C’est-à-dire qu’ils vont permettre de capter l’humidité." Ce que confirme Laurent Arnaud. "Ils offrent un vrai confort thermique et acoustique." Côté durée de vie, là aussi, le biosourcé donne satisfaction. "Ils peuvent durer 40 ans sans problème. Et les rongeurs n’aiment pas les isolants biosourcés", plaisante d’ailleurs Alexis Faraut.

Le biosourcé, puits de carbone

Autre avantage du biosourcé, sa diversité. "Ils peuvent être utilisés ou mis en œuvre de manière différente, précise Laurent Arnaud. On peut y avoir recours pour la construction de l’enveloppe ou pour des éléments comme les huisseries."

Mais l’une des principales qualités du biosourcé est à chercher du côté de son impact environnemental. "Ce sont des puits de carbone. Ils captent du CO2 dans l’air." Et leur cycle court de production permet aussi de réduire leur empreinte. "La plupart de ceux que nous étudions sont également des co produits de l’agriculture et ne sont pas valorisés autrement que dans le domaine de la construction. Ils peuvent donc être considérés avec un coût de production très faible."

En clair, les matériaux biosourcés ne rentrent pas en concurrence avec l’agriculture nourricière. "Ce qui fait qu’ils ne demandent pas de surfaces agricoles supplémentaires, confirme Laurent Arnaud. Le chanvre, par exemple, est considéré comme une tête d’assolement. C’est-à-dire qu’on le met en place avant de planter du blé ou des céréales, pour avoir une terre plus propre et meuble. Il peut ensuite être transformé et réutilisé pour fabriquer des isolants." Du recyclage, en somme.

Nous avons les moyens de répondre à une intensification"

Si la maturation du biosourcé a été lente, son essor semble bien réel aujourd’hui, à en croire l’Alec 38, pour qui leur croissance s’est rapprochée des 40 % pour la plupart des fabricants en 2021. De quoi faire craindre une pénurie ? Possible, selon Alexis Faraut. "Aujourd’hui, d’après les retours que l’on a, il y a du délai sur certains matériaux, indique le conseiller énergie climat de l’Alec Lyon. La fibre de bois par exemple."

Pourtant, selon Laurent Arnaud, la France pourrait ne pas avoir de mal à répondre à la demande grandissante. "L’utilisation de matériaux biosourcés dans la construction devrait passer de quelques pourcents aujourd’hui à près de 15 % dans les dix prochaines années. A l’heure actuelle, nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette demande. Mais nous avons les moyens de nous préparer à cela. L’Etat va notamment aider au développement des filières industrielles de transformation des matériaux. Le Cerema est aussi là pour accompagner la valorisation des ressources locales du pays."

Oïkos, former et informer

L’autre problématique soulevée par l’essor du biosourcé réside dans la compréhension, souvent limitée, qu’ont les professionnels de ces matériaux. "La maîtrise d’œuvre, notamment les architectes et les bureaux d’études, ont besoin de monter en compétence sur ce point, admet Laurent Arnaud. Il va falloir qu’ils en comprennent les spécificités pour avoir un regard pertinent. Pour les professionnels, le problème est différent puisque les biosourcés font référence à des gestes métiers classiques."

@Oïkos

Ce qui n’empêche pas de nombreuses organisations de proposer des formations. C’est le cas de l’association Oïkos qui, depuis sa création il y a 30 ans, travaille au développement de l’éco construction. "On mène une triple action, qui se décompose en trois pôles : sensibiliser, informer et former, indique Etienne Beduneau, chef de projet éco-construction chez Oïkos. L’objectif est, à chaque fois, de communiquer sur les bonnes pratiques."

Pour ça, Oïkos s’adresse aux particuliers, aux professionnels et aux collectivités locales. "L’idée est de former aux techniques de construction et de rénovation écologiques qui privilégient une approche respectueuse de l’environnement, du patrimoine bâti, de la santé des individus et des savoir-faire locaux."

Dans nos formations, on a notamment pas mal de professionnels proches de la retraite qui, peut être pour léguer un patrimoine entrepreneurial plus en adéquation avec l’époque, décident de se tourner vers le biosourcé

Dans le catalogue de l’association, des formations courtes, sur l’isolation biosourcé ou le matériau terre, mais aussi des sessions plus longues et diplômantes. "On a notamment la formation bâtisseur biosourcé."

Si le représentant d’Oïkos avoue ne pas avoir constaté d’effet RE2020 sur l’activité de l’association, il espère néanmoins qu’elle permettra d’ouvrir quelques consciences. "Même s’il y a, aujourd’hui, un manque d’information chez les professionnels non-initiés, on voit quelques changements. Dans nos formations, on a notamment parfois des professionnels proches de la retraite qui, peut être pour léguer un patrimoine entrepreneurial plus en adéquation avec l’époque, décident de se tourner vers le biosourcé (NDLR : la palette des stagiaires d'Oïkos est très large, du particulier au professionnel, de l'artisan à l'architecte, d'une personne en reconversion à un entrepreneur souhaitant une mutation de son entreprise...)."

Les matériaux biosourcés, vraiment plus chers ?

Côté industriel aussi, les progrès sont là. "Vicat, Lafarge, Parex… Ils ont tous mené une réflexion sur ces questions, indique Laurent Arnaud, du Cerema. D’ailleurs, on travaille avec eux régulièrement." Et si certains y voient plus du "green washing", le directeur du département bâtiment durable, n’est, lui, pas de cet avis.

"Sont-ils convaincus par la démarche ou le font-ils par opportunisme ? Difficile à dire et pour moi, ça n’est pas important. Ce qui importe, c’est que ces matériaux soient disponibles et diffusés. Et ce qui m’intéresse, c’est que le consommateur soit convaincu et qu’il ait les outils pour agir et convaincre les prescripteurs."

Reste la question du prix, souvent évoquée par les détracteurs du biosourcé. Cela coute-t-il plus cher ? "Pas forcément, indique Alexis Fauraut, de l’Alec Lyon. Aujourd’hui, certains isolants sont quasiment au même prix que des laines de roche." Ce que confirme Laurent Arnaud, du Cerema. "Déjà, lors d’une étude que nous avions menée en 2017, nous nous étions rendu compte que oui, le matériau en lui-même est un peu plus onéreux. Mais au final, ça ne revient pas plus cher au maître d’ouvrage. L’étude montrait que le surcoût était de 0,5 à 2 %. Et c’était en 2017 ! Je pense qu’aujourd’hui, c’est encore plus minime."

D’autant plus qu’à l’aune de la crise des matières premières exportées, le biosourcé, produit localement, pourrait bien représenter une bonne affaire. "On peut imaginer que, à moyen ou long terme, une taxe carbone soit mise en place par la Commission européenne."

La France, leader sur le biosourcé

Mais alors pourquoi son utilisation reste encore très largement minoritaire dans la construction en France ? "Beaucoup de professionnels ont leurs habitudes et ne veulent pas en changer, indique Alexis Faraut. C’est pour cela qu’avec l’Alec, on essaie vraiment de faire de la pédagogie."

Les pouvoirs publics ont également un rôle à jouer dans leur diffusion. Au-delà de la RE2020, de nombreuses collectivités l’ont d’ailleurs bien compris et proposent des aides financières. C’est le cas de la Métropole de Lyon qui, à travers le dispositif Eco rénov, offre des bonus en cas de rénovation avec des matériaux biosourcés.

"Les propriétaires de logements individuels ou les copropriétaires peuvent en bénéficier, indique Alexis Faraut, de l’Alec Lyon. Le montant forfaitaire proposé va de 2 000 à 3 500 € par logement." Un vrai plus, même si le grand public reste encore peu au fait de ses aides financières.

Il n’en reste pas moins que la France est aujourd’hui en pointe sur la question de la valorisation des matériaux biosourcés. "On exporte notre savoir-faire un peu partout dans le monde, explique Laurent Arnaud. Dans le cadre de mes activités de recherche et développement, je suis intervenu en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis… Notre pays est réellement leader." Mais le chemin vers une construction verte est encore long.

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