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Capeb et FFB Auvergne-Rhône-Alpes, solidaires face à la crise

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Capeb et FFB Auvergne-Rhône-Alpes, solidaires face à la crise
Capture d'écran / © Charlotte Robert - Philippe Lansard (à gauche) et Dominique Guiseppin, en visioconférence avec le JBTP lundi 27 avril

Une crise économique sans précédent frappe le BTP, consécutive à l'épidémie de Covid-19 qui a forcé près de la totalité des entreprises du secteur à stopper leurs activités pendant trois semaines. Si les entreprises retrouvent aujourd'hui progressivement le chemin des chantiers, une chute brutale de la croissance, enregistrée pour l'ensemble des corps de métiers, est à prévoir à l'issue de ce premier trimestre. Pour la première fois dans le Journal du bâtiment et des travaux publics, Dominique Guiseppin, président de la Capeb Auvergne-Rhône-Alpes, et Philippe Lansard, son homologue de la Fédération française du bâtiment, ont accepté de répondre, ensemble et en visioconférence, à nos questions. De concert, ils reviennent sur la situation des entreprises sur leur territoire, leurs craintes vis-à-vis de la commande publique et les actions mises en place par leurs fédérations respectives, tout en réitérant leur soutien aux artisans et entrepreneurs du bâtiment.

Capeb, FFB : depuis le début de la crise, les deux fédérations font montre d'une réelle solidarité dans l'intérêt des entrepreneurs et artisans du bâtiment. Doit-on considérer que cette épidémie de Covid-19 constitue une « exception à la règle », faisant fi de toute divergence ?

Philippe Lansard : Même s'il y a deux organisations professionnelles, nos adhérents couvrent tous les corps d'état du bâtiment. On est sur les mêmes métiers et on a globalement les mêmes problématiques. Autrement dit, je pense que l'on défend les mêmes choses, parfois avec des visions différentes au niveau national. On le voit bien sur le terrain, que ce soit au niveau départemental (ce que j'ai vécu en tant que président de BTP 74) ou au niveau régional. Ici, on est sur de l'action locale, du concret, sur le problème du matin...

Dominique Guiseppin : Au niveau national, il y a une question politique qui rentre en jeu et que l'on n'a pas forcément chez nous. Sur nos chantiers, certains sont à la FFB, d'autres à la Capeb... Et pourtant tous travaillent ensemble. C'est important qu'il y ait deux fédérations, qu'il puisse y avoir un choix. Après, notre but avant tout, c'est de faire avancer le bâtiment, et il y a finalement beaucoup de sujets sur lesquels nous sommes majoritairement d'accord.

Philippe Lansard : Sur l'apprentissage et la formation de nos jeunes par exemple, on travaille ensemble avec la FRTP et les SCOP, on avance ensemble, mais il est vrai que l'on communique peu ensemble. Ca doit être culturel, il faudrait relayer davantage nos actions communes.

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"En 2021, on va « rattraper » notre carnet de commandes, du moins le facturer, mais quid des nouvelles commandes ? J'ai l'intuition que les gens vont réfléchir à deux fois à leurs projets, les reporter, voire les annuler. Ca sera pareil pour les entreprises. Je suis très inquiet" Philippe Lansard

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Depuis une dizaine de jours, on assiste à une reprise progressive des chantiers... Quelle est la situation en Auvergne-Rhône-Alpes ?

Dominique Guiseppin : Je vais davantage parler des entreprises artisanales qui interviennent chez les particuliers. Bien sûr, des travaux ont été commandés, qui ont dû être arrêtés car les gens se sont retrouvés confinés et ne souhaitaient pas que les artisans viennent travailler chez eux. Cela a généré la mise en chômage partiel et l'arrêt complet de près de 80 % de nos entreprises. Même si la situation tend à s'améliorer aujourd'hui, avec une reprise progressive des chantiers, on a toujours de grosses inquiétudes, relatives notamment à la fourniture d'équipements de protection. Nos salariés sont nos forces vives, nous les formons parfois dès l'apprentissage, nous les fidélisons, on y tient et on fait très attention à leur santé... Deuxième souci, c'est l'accès aux négoces et aux marchands de matériaux, qui fonctionnent eux aussi selon des contraintes particulières : délais d'attente, commandes à l'avance et sur internet, alors que nos artisans ont l'habitude de commander par téléphone...

Globalement, l'état d'esprit est à l'inquiétude. Il ne faut pas rêver : deux mois de chiffre d'affaires en moins, ça ne se récupère pas. Même si on nous aide à faire un peu plus d'heures, avec des prêts ou des reports de charges, ce sont toujours des choses à rembourser, donc in fine à payer. Si on a perdu 150 heures un mois, ce n'est pas le mois suivant que l'on fera 300 heures.

Notre photo : Sur un chantier à Villeurbanne. Les ouvriers travaillent désormais à 1 mètre de distance et avec des masques (©ES)

Philippe Lansard : Il est vrai que, artisan ou entreprise quelle que soit sa taille, on assiste à une réelle volonté de reprise, doublée d'une nécessité économique puisqu'on ne facture plus depuis le 17 mars, ou très peu. L'arrivée du guide de l'OPPBTP a été le point de déblocage. Entre le 17 mars et le 2 avril [date de parution du guide, Ndlr], très honnêtement personne n'a bougé. L'activité a stoppé à 90 %. Clients, chantiers, particuliers, commande publique... Tout le monde s'est arrêté. Les professions, y compris le bâtiment, avaient besoin d'un référentiel pour repartir au travail sereinement. Ce guide nous a ainsi permis de réfléchir à la reprise. Evidemment, on n'est pas tous remontés dans les camions dès le 3 avril ! Le redémarrage s'effectue en douceur. Aujourd'hui, les chantiers ont à peu près repris à 30 % en Auvergne-Rhône-Alpes.

Quels sont les freins qui demeurent ?

Philippe Lansard : Que l'on soit artisan ou grosse structure, ils sont les mêmes. Il y a d'abord la logistique, avec des problèmes d'approvisionnement (masques, gel, kits de protection). Il y a la question de la remise en route de la chaîne comme l'a dit Dominique, des raccordements électriques sur les chantiers, de l'hébergement des salariés : prenez les stations par exemple, pour redémarrer, encore faut-il pouvoir trouver un hôtel, un point de restauration pour les employés ! La fermeture des déchetteries a aussi posé beaucoup de problèmes... Il y a également une partie financière qui commence à être évoquée : le Covid impose des règles sanitaires qui ont un coût. Et ce coût n'a été prévu par personne sur les chantiers en cours.

Enfin, je reviens sur les arrêtés aux nuisances sonores pris par certaines municipalités, comme Grenoble ou Villeurbanne, pour que l'on restreigne nos horaires. On a l'Etat d'un côté qui nous demande de redémarrer les chantiers pour faire repartir l'économie et, de l'autre, des communes qui nous prient désormais de faire moins de bruit... Excusez-moi, mais on marche sur la tête ! Il y a comme cela des freins que l'on n'avait pas appréhendés avant, et qui arrivent d'un seul coup.

Dominique Guiseppin : D'autant que nos entreprises travaillent dans les horaires du droit aux nuisances sonores, sur des plages 8 h - 12 h et 14 h - 18 h.

Je me permets d'ajouter quelque chose par rapport aux surcoûts. Il ne faut pas que les gens imaginent que ce sont seulement des fournitures en gel et en masques. C'est aussi le ralentissement du rythme du travail imposé par ces mesures. En appliquant les gestes barrière, en se lavant souvent les mains, en changeant de masque... vous travaillez moins vite et le chantier dure ainsi plus longtemps.

Philippe Lansard, vous êtes à la tête d'une entreprise familiale spécialisée dans le génie climatique, basée à Annecy (250 salariés, 40 M€ de chiffre d'affaires). Quel est l'impact de la crise sur votre société et avez-vous repris vos chantiers ?

Philippe Lansard : Le 17 mars, j'ai fermé la totalité de mes quatre sites (en Isère, Savoie et Haute-Savoie). Pendant trois semaines, je n'ai conservé que l'astreinte, des travaux de dépannage en chauffage-climatisation. Comme beaucoup, j'ai vraiment pris à la lettre la déclaration du président Macron. Mais après, pour être honnête, même si j'avais souhaité continuer, je n'aurais pas pu le faire car mes clients avaient tous arrêté. J'ai repris après le 2 avril et la parution du guide. Aujourd'hui, j'ai à peu près 70 % de mon personnel qui retravaille, toujours en mode dégradé. Encore 10 % d'entre eux sont en chômage partiel. L'activité est à 50 % à peu près.

Dominique Guiseppin, vous êtes, vous, chef d'une entreprise artisanale de peinture employant 4 salariés à Le Pont-de-Beauvoisin (Savoie). Quelle est la situation actuelle ?

Dominique Guiseppin : Pareil, on a tout arrêté le 17 mars. On avait commencé à faire une belle salle de séjour chez des particuliers, on a dû stopper et remettre en état comme on a pu. L'équipe a été placée en chômage partiel... On a repris notre premier chantier lundi, avec deux salariés. On s'organise petit à petit, et il faut aussi rassurer les particuliers qui se posent beaucoup de questions relatives à la protection, au nettoyage du site, etc. Je pense que l'on va rester sur ce modèle jusqu'au 11 mai. On ne pourra pas vraiment reprendre avant que les particuliers eux-mêmes ne repartent au travail, et les enfants à l'école. Pour les travaux extérieurs c'est un peu différent, ils peuvent reprendre plus facilement.

Ce qui ne sera pas facile en revanche, c'est de travailler les uns après les autres, et non ensemble. En cloisons sèches par exemple, on a l'habitude de se coordonner avec l'électricien et le plombier. En travaillant séparément, cela va concourir à une perte de productivité.

Notre photo : Dominique Guiseppin (DR)

Le guide de préconisations sanitaires élaboré par l'OPPBTP s'avère donc, selon vous, suffisant pour permettre une reprise ?

Philippe Lansard : Objectivement le guide me convient. Il répond à la plupart de mes questions et, surtout, à l'interrogation de mes salariés. Car ce qu'ils en pensent, c'est le plus important. Il faut qu'ils partent avec un référentiel et des consignes qui les mettent en confiance. Le cas échéant, ça va être difficile socialement. Mes CSE se sont appropriés le guide et, avec ça, ils étaient prêts à retravailler.

Ce qui est dur à mettre en œuvre en revanche, c'est la coactivité, comme l'a rappelé Dominique. La problématique, elle va être dans l'organisation des chantiers, les flux, la cohabitation.

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"Les salariés du bâtiment ont pu étudier le guide de préconisations sanitaires, se l'approprier... Surtout, ils se sont sentis considérés, impliqués. Ils en savaient autant que nous" Dominique Guiseppin

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Dominique Guiseppin : Cette publication s'applique à tous les chefs d'entreprise du bâtiment. C'est une base uniforme, pour tous, et c'est rassurant. On en avait besoin, il fallait quelque chose pour nous tranquilliser, nous et nos clients. Ce qui est important, c'est que les choses se soient faites sérieusement.

J'ai également été agréablement surpris des retours de mes salariés : après leur avoir envoyé le guide, j'ai reçu des SMS pour me dire merci. Ils ont pu l'étudier, se l'approprier, et ceux qui sont arrivés lundi connaissaient parfaitement les gestes barrière. Surtout, ils se sont sentis considérés, impliqués. Ils en savaient autant que moi.

Philippe Lansard : Ce guide a aussi vocation à rassurer les employeurs, puisqu'en tant que chef d'entreprise on engage notre responsabilité. C'est la personne la plus exposée, il est garant de la sécurité et de la santé de ses salariés. Il nous fallait ce référentiel pour éviter, demain, des litiges. Ce qui est important, c'est qu'il a été validé par les ministères, notamment celui de la Santé, pour donner aux chefs d'entreprise une sécurisation.

Cette crise vient casser la conjoncture favorable de ces deux dernières années. Des études économiques récentes font état d'un net recul de l'activité en France (entre 9 et 16 % au 1er trimestre pour l'artisanat du bâtiment, d'après la Capeb). Quelles sont vos prévisions pour la région ?

Dominique Guiseppin : En Auvergne-Rhône-Alpes, on est sur du -13 % pour l'artisanat. C'est l'une des régions françaises les plus touchées après l'Île-de-France et le Grand Est (-14 %). C'est énorme.

Philippe Lansard : Je suis tout de même un peu surpris par ces chiffres négatifs pour le premier trimestre dans l'artisanat... Clairement, on était sur une bonne dynamique : il y avait des carnets de commande, tout le monde avait du travail. Jusqu'au 16 mars, on était partis pour réaliser une bonne année 2020 mais, malheureusement, cette dynamique a été stoppée net.

J'ai tendance à analyser la situation différemment que la plupart des professionnels du secteur. Selon moi, ce qu'il faut bien voir dans un premier temps, c'est que même si on s'est arrêtés le 17 mars, on parle d'une reprise sur notre carnet de commande acquis. Il ne faut pas parler de -20 % de chiffre d'affaires, mais d'un arrêt de facturation de deux mois, à l'issue duquel on va reprendre ce carnet pour le finir. Bien sûr, il va falloir plus de temps pour refaire cette facturation, mais on va l'absorber. Là où personne n'a de visibilité en revanche, c'est sur le nouveau carnet de commandes. En 2021, on va donc « rattraper » ce carnet de commandes, du moins le facturer, mais quid des nouvelles commandes ? Et aujourd'hui, j'ai l'intuition que les gens vont réfléchir à deux fois à leurs projets, les reporter, voire les annuler. Ca sera pareil pour les entreprises. Je suis très inquiet.

Notre photo : Philippe Lansard (DR)

Dominique Guiseppin : D'autant que se rajoute à ce Covid le report des élections municipales pour de nombreuses communes, et l'on sait ô combien cela bloque les décisions. Egalement, on s'est d'ailleurs battus ensemble sur le sujet avec la FFB, l'instruction décalée des permis de construire et les retards qui en découlent interrogent... Le ralentissement est très net sur les deux derniers mois. Ce que disent les artisans, c'est ce que disait Philippe Lansard : « pas de demandes, pas de commandes ». Tout le monde attend de voir comment ça va évoluer. Et l'attentisme, ça n'est pas bon.

Philippe Lansard : Pour revenir sur les instructions des permis de construire, on sait bien qu'elles vont être au ras des pâquerettes pendant deux mois, même si le tir a été un peu rectifié le 15 avril sur les délais de recours. Mais il va y avoir un autre problème que l'on n'avait pas appréhendé : c'est que même quand la machine va repartir, les clients ne vont pas investir.

De la même façon, cette crise va aussi impacter les budgets des collectivités. Elles vont se retrouver avec un budget 2020 rectifié à la baisse. On va donc avoir un double effet : le privé qui va entrer dans le dur, et notre commande publique qui, elle aussi, va se retrouver avec un budget amputé. Jusqu'à présent, on n'a jamais eu l'écroulement conjoint de la commande publique et de la commande privée. Aujourd'hui, il n'y en a pas un qui va tirer l'autre. Ce sont toutes les branches, d'un seul coup, qui s'effondrent.

Y a-t-il des disparités marquées entre les départements ?

Philippe Lansard : Il y a une disparité régionale en terme d'activité, évidemment. Une année dite « normale » était globalement bonne pour tout le monde, bien que des leaders avaient tendance à se détacher : le Rhône, les deux Savoie... D'autres accusaient une certaine difficulté, comme l'Allier, la Loire, la Drôme-Ardèche. Demain, on peut supposer que le coup de frein sera le même pour tous, mais qu'il risque d'être proportionnel à la situation « d'avant ». Ce n'est pas après une crise de cette envergure que les départements en souffrance vont retrouver de l'activité. Ils étaient dans le dur, ils seront toujours plus dans le dur, la cartographie n'a pas changé.

Suivant la même logique, y a-t-il des métiers plus impactés que d'autres ?

Philippe Lansard : Franchement, je ne vois pas. Que l'on soit maçon, plombier, plaquiste, carreleur... Tout le monde est dans le même bateau. Aujourd'hui, tout le monde redémarre en fonction de l'avancée du chantier. La seule différence, c'est que certains métiers risquent d'avoir des problèmes en terme d'approvisionnement de matières premières ou de matériaux...

Dominique Guiseppin : Sur les problèmes d'approvisionnement, je suis tout à fait d'accord. Après, sur le type d'entreprise, peut-être que, quand l'artisan est seul, il peut reprendre plus facilement ses travaux.

Première victime du Covid : la trésorerie, en nette détérioration pour 34 % des artisans. Pour faire face, beaucoup d'entreprises ont fait des demandes de chômage partiel. Certains dossiers ont été refusés car leur activité n'était pas considérée comme « officiellement interdite . Une réaction ?

Dominique Guiseppin : Je ne pense pas que ce soit le reflet de la réalité. Bien sûr, il y a eu quelques cas où on a pu demander des compléments d'informations, peut-être les services ont-ils été saturés suite aux innombrables demandes en simultané... Mais je trouve qu'il y a eu une véritable bienveillance de la part de la Direccte sur ce sujet. C'est rassurant.

Philippe Lansard : Les chiffres, on les a et ils sont transparents. Clairement, aux niveaux régional et départemental, aucune demande n'a été refusée. Je pense qu'il y a eu un peu de panique au début, mais en tout cas je n'ai pas d'adhérent qui m'ait dit avoir été refusé. Personnellement, sur mes six structures, tous mes dossiers ont été acceptés et sur trois départements différents : Isère, Savoie et Haute-Savoie.

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"Ce que fait très bien l'Etat aujourd'hui, et il est important de le reconnaître, c'est qu'il nous soutient sur du court terme (problèmes de trésorerie, reports de charge...). Cela permet d'éviter aux sociétés de s'écrouler à l'instant T" Philippe Lansard

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Qu'attendez-vous du gouvernement pour soutenir la reprise dans le bâtiment ?

Dominique Guiseppin : Il y a plusieurs pistes. Peut-être, déjà, leur garantir un budget similaire aux années précédentes, avec des aides. Après, il faut que l'Etat redonne confiance à tout le monde, peut-être via une campagne incitant les particuliers à solliciter à nouveau les artisans, démontrant que les entreprises se sont adaptées, qu'elles ont mis en place des moyens de protection et qu'elles peuvent donc retravailler. Après, pour les entreprises, s'il pouvait y avoir des allègements de charge, ça serait bien, car qui dit report dit toujours paiement.

Philippe Lansard : Côté public, il est évident que l'Etat devra, s'il doit réinjecter de l'argent, redonner des moyens d'investissement aux territoires. Il faudra compenser, il n'y a pas d'autre méthode. Pour le particulier, peut-être réinjecter de l'argent via des aides à la rénovation... Après, pour la commande privée, je pense qu'il n'y a pas que l'Etat français. Ce n'est pas un problème franco-français, mais mondial. Peut-être y aura-t-il des mécanismes européens pour aider les entreprises ?

Ce que fait très bien l'Etat aujourd'hui, et il faut quand même le reconnaître, c'est qu'il nous soutient sur du court terme (problèmes de trésorerie, reports de charge...). Cela permet d'éviter aux sociétés de s'écrouler à l'instant T.

La FFB a annoncé accorder à ses adhérents une remise volontaire de 50 % de ses cotisations nationales sur tout le 2e trimestre 2020. Une manière de montrer l'exemple ?

Philippe Lansard : D'une certaine façon, mais c'est surtout une manière d'être cohérent par rapport aux actions de l'Etat et celles des structures bâtiment, qui ont toutes fait un effort. On a demandé à nos caisses de congés payés, à ProBTP de faire des reports de cotisations, les assureurs ont joué le jeu... C'est plus dans un esprit de cohérence par rapport à la filière.

Quant à la Capeb ?

Dominique Guiseppin : A la Capeb, toutes les entreprises qui ont recours au chômage partiel verront leur cotisation baissée en proportion (il n'y a pas de cotisation sur le salaire en chômage partiel). Pour nous, l'important, c'est de sauver un maximum d'entreprises et les salariés qui vont avec...

Les actions de vos fédérations vont encore s'amplifier pour accompagner la reprise de l'activité. Comment cela va-t-il s'exprimer à l'échelon régional ?

Philippe Lansard : Aujourd'hui, clairement, on est sur la reprise des chantiers, dans la gestion au quotidien. On redémarre l'existant. Sur la deuxième phase, que j'appellerai la relance économique, on est en réflexion.

Le bon exemple, c'est Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a ordonné la reprise des chantiers, comme c'est son rôle de donneur d'ordre, mais qui a aussi décidé d'une enveloppe budgétaire spéciale de 15 M€ pour accompagner le surcoût lié au Covid. Pour la relance économique, il a d'ores et déjà débloqué 150 M€ à la disposition des communes, agglomérations, communautés de communes et métropoles pour les accompagner dans leurs projets. Je salue ces actions et je pense que, par la suite, il faudra faire pareil dans nos départements. Il va falloir aller voir les donneurs d'ordre. On va avoir besoin que la commande publique reparte vite, il ne faut pas qu'elle s'écroule...

Dominique Guiseppin : Dans les choses plus concrètes, et on le fait constamment sur les départements, ce sont les actions menées auprès des adhérents, auprès des banques pour que les choses soient facilitées, auprès de l'OPPBTP pour des formations et des informations sur la reprise... On a mis en place tout un tas d'outils pratico-pratiques avec nos partenaires. On s'est modernisés ! Aujourd'hui, on a des outils de formations en visioconférence pour aider les entreprises, par exemple sur la remise à jour du Document unique, ce qui garantit une sécurité en cas de contrôle, sur l'accompagnement des banques, sur la façon de redémarrer un chantier... On intervient autant que l'on peut, au niveau départemental comme au niveau régional. Un système d'informations assez important s'est mis en place, avec des forums, des questions réponses, etc. Le but d'un syndicat professionnel, c'est d'être présent quand l'adhérent a besoin de lui. On est dans l'accompagnement technique, mais aussi psychologique.

Philippe Lansard : En effet, et les appels ont littéralement explosé depuis un mois ! Il faut dire que, d'une réunion à l'autre, il y avait une nouvelle ordonnance, un nouveau décret, une nouvelle prise de décision du gouvernement... Une semaine avant l'arrivée du guide, c'était tous les jours des centaines d'appels pour en savoir plus. Et au-delà, on a ressenti l'isolement. Les gens appellent car ils sont contents d'avoir quelqu'un au bout du fil, de partager leurs soucis, d'avoir des réponses concrètes à leurs questions et un vrai soutien juridique et technique pour faire face à la situation... En temps de crise, le besoin de communication est toujours décuplé.

Vous parliez de la Région... Le plan de soutien du BTP annoncé par Laurent Wauquiez prévoit notamment une dotation en masques pour les entreprises [lire par ailleurs en page 5]. De quelle manière cette distribution va-t-elle se mettre en place ?

Philippe Lansard : La Région a réalisé une dotation de 100 000 masques pour le secteur du BTP, ce qui correspond aux besoins des entreprises de moins de 20 salariés. Elle considère, et à juste titre, que les grands groupes ont d'autres possibilités de s'approvisionner. Elle fournit ainsi aux entreprises du BTP la possibilité de récupérer des masques, ce qui va permettre de ne pas freiner le redémarrage. Ces équipements vont être expédiés dans toutes les fédérations départementales de la Capeb et de la FFB, dans chaque département et en fonction des besoins estimés. Ces deux points de retrait seront à destination des adhérents de la Capeb, de la FFB et de la FRTP bien sûr, mais aussi des non adhérents. Pas de discrimination en temps de crise ! Quant à nous, nous assurons la logistique pour l'ensemble de la profession et sur l'ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Dominique Guiseppin : A noter qu'il s'agit de masques en tissu, donc réutilisables et lavables une cinquantaine de fois, fabriqués dans le Nord-Isère par l'entreprise Porcher Industries.

Philippe Lansard, vous avez été élu président de la FFB Auvergne-Rhône-Alpes en janvier : autant dire que les conditions actuelles sont loin d'être propices pour débuter sereinement votre mission ! Comment aborder ce nouveau mandat ?

Philippe Lansard : Je ne pouvais pas imaginer que le Covid-19 allait débarquer, c'est sûr ! Après, j'ai connu certaines crises, notamment quand j'ai pris mon mandat de président de BTP 74 : c'était en 2011, on était un peu dans le creux de la vague avec des baisses sur le logement, les maisons individuelles... Cela va peut-être me servir d'ailleurs. Je dirais donc que je suis rodé.

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"Il va falloir du courage. Mais il faut aussi selon moi garder confiance. Les choses sont difficiles, elles seront différentes. Ne pas lâcher, ne pas abandonner, c'est le plus important" Dominique Guiseppin

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Peut-on sortir plus forts de cette crise ?

Dominique Guiseppin : On s'en sortira avec plus d'inventivité, pour pouvoir s'adapter à une nouvelle situation. On va peut-être relativiser certains problèmes, car on aura vu que tout n'était pas écrit d'avance. Je pense que ça ne va pas forcément nous fortifier, mais du moins nous apprendre à fonctionner davantage ensemble, à comprendre que l'on dépend tous les uns des autres. Si l'on peut faire des choses sur nos territoires, ça serait d'être plus sécuritaires en matière d'approvisionnement... Des questions de cet ordre vont forcément revenir. Par exemple, pourquoi produire si loin alors que des usines locales pourraient le faire ?

Philippe Lansard : Ce qui est sûr, c'est qu'au début on va ressortir plus faibles. Certaines entreprises vont disparaître, d'autres vont licencier... Le parallèle sera intéressant à faire dans un an.

En tant que président de vos structures respectives, quel message souhaitez-vous passer aux artisans ?

Philippe Lansard : Il y a un proverbe qui dit : « Le courage, il affronte les obstacles et les difficultés et les écarte du chemin ». C'est un peu ça. On a des obstacles, on a des difficultés. Il faut qu'on les dépasse, et le courage fait partie des valeurs qui nous permettront d'avancer.

Dominique Guiseppin : Je rejoins Philippe, il va falloir du courage. Mais il faut aussi selon moi garder confiance. Les choses sont difficiles, elles seront différentes. Ne pas lâcher, ne pas abandonner, c'est le plus important.




Charlotte ROBERT
Journaliste

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