Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations sur la filière BTP en région Rhône-Alpes

Cédric Avenier : « dans l'architecture, il ne faut pas opposer les matériaux »

le - - Isère

Cédric Avenier : « dans l'architecture, il ne faut pas opposer les matériaux »
© JBA - « On voit trop souvent des copropriétés simplement mettre une couche de peinture, sans réelle rénovation »

Docteur en architecture, Cédric Avenier s'intéresse depuis quelques années au béton et à la tour Perret de Grenoble. Il a écrit un livre sur le sujet et figure au comité scientifique qui a lancé un appel à maîtrise d'ouvrage pour restaurer l'ouvrage. Interview.

Où en sont les travaux de la tour Perret ? Une palissade a été dressée récemment…

Oui, et nous avons cinq équipes présélectionnées pour la maîtrise d'ouvrage. Un nom définitif devrait sortir en début d'année. Ce sera un groupement composé d'architectes et de spécialistes du béton. L'idée est de créer un groupe « béton armé » composé de différentes entreprises, afin de réaliser un guide. Cela nous permettra de diffuser ce savoir-faire autour de la tour Perret. Ainsi, on pourra essaimer et permettre à des bâtiments qui ne sont pas classés « Monument historique » d'être bien entretenus.

Y a-t-il débat sur la manière de rénover cette tour ?

Il y a une question de déontologie qui n'est pas encore formalisée autour du béton. On se demande encore jusqu'où on va dans l'intervention : est-ce qu'on restaure ou est-ce qu'on conserve ? On a la capacité de refaire la tour comme en 1925, puisqu'on a la formule du béton. Mais des questions restent à résoudre. Le béton n'est pas monolithique, l'œil ne supporte pas les taches en peau de léopard ou les rafistolages sur la façade. Le bâtiment perd de sa qualité, mais ensuite le public confond le mauvais état du bâtiment et la mauvaise qualité. C'est pourquoi certains demandent sa destruction. Mais si on avait écouté les gens, on aurait fait de même pour le fort de la Bastille. La difficulté pour le béton armé, c'est la modestie, le côté austère de la façade. Sa beauté ne saute pas aux yeux.

Une « éducation » est-elle souhaitable ?

Bien sûr, c'est pourquoi on demande à l'équipe de maîtrise d'ouvrage d'expliquer la complexité de la rénovation du béton. Il y a une éducation à mettre en place autour du patrimoine : il faut expliquer aux gens l'intérêt de conserver telle tour ou tel corps de ferme. Ce sera une manière aussi d'expliquer l'avantage du béton, les erreurs qui ont été faites, les solutions qui seront apportées. C'est pourquoi nous organiserons des visites sur le chantier de la tour Perret. Si on veut prendre en compte le patrimoine, il faut faire passer ces idées. Mais les dernières municipalités n'ont pas fait grand-chose. Les hommes politiques ont du mal à assigner 5 M€ dans une tour. La Ville de Grenoble, par exemple, ne mettra pas plus d'1 M€ dans ce projet. Pourtant, quand il y a un bâtiment de qualité, il y a un entretien du cadre de vie et toute une culture qui va avec. Ainsi, rénover permet à la fois d'entretenir et de maintenir le cadre de vie.

Pourquoi le béton est-il si présent à Grenoble, et pourquoi vous plaît-il autant ?

Le béton à Grenoble, cela semble logique puisqu'il y a des usines un peu partout. En revanche, si l'on construit avec de l'acier, ce sera beaucoup plus coûteux en termes d'impact sur l'environnement. L'aluminium, c'est encore pire. Plutôt que de construire de nouveaux bâtiments, il faudrait pouvoir convaincre les copropriétaires (qui sont très nombreux à Grenoble) d'assurer la rénovation de leur immeuble. Mais ils imaginent que cela trop cher. D'où le besoin de diffuser cette culture de la restauration, voire de la restructuration. On le remarque, les architectes se tournent de plus en plus vers le réemploi. C'est une notion qui se développe. Certes, il est dix fois plus simple de démolir pour reconstruire, avec des matériaux peu chers, ce qui donnera un bâtiment neuf de mauvaise qualité. Par contre, la rénovation demande de faire des efforts intellectuels et culturels. Les restaurateurs n'ont besoin que de sable, d'eau et de pierre pour faire du béton. C'est un simple ciment, mais c'est bien le savoir-faire qui a un coût.




Journal du Bâtiment et des Travaux publics LA RÉDACTION

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Journal du Bâtiment Journal d'annonces légales et d'informations sur la filière BTP en région Rhône-Alpes

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer