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Crise sanitaire et arrêt des chantiers : le Bâtiment répond à Muriel Pénicaud

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Crise sanitaire et arrêt des chantiers : le Bâtiment répond à Muriel Pénicaud
© David Morganti - Des propos "scandaleux" pour Jacques Chanut, président de la FFB

Les organisations professionnelles de la filière réagissent suite aux propos tenus par la ministre du Travail sur LCI jeudi 19 mars, qui qualifie notamment l'attitude de certaines entreprises du bâtiment de « défaitiste ».

Article actualisé le vendredi 20 mars

« Scandaleux », « insultant », « provoquant »... Les retours ne se sont pas fait attendre suite à la prise de parole de Muriel Pénicaud sur LCI ce jeudi 19 mars. Il faut dire que la ministre du Travail a tapé fort au micro de notre consoeur Élizabeth Martichoux. Interrogée sur la marche à suivre en période de crise sanitaire, elle en a appelé au « civisme » et à la « responsabilité collective des entreprises », avant d'égratigner le secteur du bâtiment - et plus particulièrement la Capeb - en se disant « scandalisée » que des fédérations d'employeurs incitent leurs membres à suspendre leur activité. « Cela, c'est du défaitisme », s'est-elle avancée.

Dans un communiqué conjoint du 17 mars en effet, la Capeb, la Fédération française du bâtiment (FFB) et la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) ont appelé à une suspension temporaire des chantiers non urgents et à une période de réflexion d'une dizaine de jours afin de pouvoir s'organiser. Pour Patrick Liébus, président de la Capeb nationale, une telle réaction de la ministre relève de l'incompréhension totale. « Cela témoigne d'un mépris profond, et je pèse mes mots, pour ces artisans et ces salariés qui travaillent dans le bâtiment et n'ont jamais rien demandé », a-t-il réagi dans les colonnes de Batiactu.

Jacques Chanut n'a pas non plus tardé à s'exprimer : « Aucune de nos entreprises, aucun de nos artisans, ne se sont mis dans une position de tire-au-flanc face à la situation actuelle !, s'est indigné le président de la Fédération française du bâtiment dans une lettre ouverte. C'est la mort dans l'âme que nombre d'entre eux ont dû cesser leur activité et mettre leurs salariés à l'arrêt : ils n'ignorent pas les conséquences désastreuses de cette décision pour leur structure, mais ils font ce sacrifice en conscience et responsabilité. Envisager que certains d'entre eux aient pu le faire pour profiter des éventuelles largesses de l'État en matière de chômage partiel est insultant. Le bâtiment est une profession qui a toujours su répondre présent pour soutenir l'emploi, l'apprentissage, l'insertion professionnelle (...). Nous n'avons pas de leçon à recevoir : nous mesurons parfaitement le sens de l'épreuve. Le mépris affiché à notre égard depuis hier par les pouvoirs publics, dans le contexte que nous traversons, est d'une déloyauté sans nom. Il est aussi sans précédent. »

Par ailleurs, le président de la FFB rappelle avoir, dès le début de la crise sanitaire, « multiplié les contacts avec le ministère de l'Économie et les partenaires de la profession, notamment les négociants, pour tenter de maintenir les circuits de production ». Il réitère aujourd'hui sa demande d'une réunion d'urgence visant à définir des procédures de protection acceptées par tous. « Plutôt que de jeter l'opprobre sur tout un secteur en l'accusant (...) de désertion, efforçons-nous de trouver ensemble une ligne claire et cohérente ».

Des réactions en chaîne

Samuel Minot, président de BTP Rhône et Métropole :

« Le secteur du bâtiment et des travaux publics reçoit depuis mercredi 18 mars des consignes contradictoires, avec notamment une circulaire du ministre de l'Intérieur et une intervention de la ministre du Travail demandant aux entrepreneurs de reprendre les chantiers. En l'état actuel, cette situation est totalement inadmissible et irresponsable. Comment accepter des revirements de positions d'un jour sur l'autre, alors que nous traversons la plus grande crise sanitaire jamais connue ? Comment accepter d'entendre que nous profiterions d'un effet d'aubaine en recourant à l'activité partielle ? Comment exiger d'un entrepreneur, d'un artisan, qu'il prenne seul la responsabilité morale et pénale d'envoyer ses compagnons sur des chantiers dans lesquels les conditions de sécurité ne sont pas réunies ? Chacun doit prendre ses responsabilités avec l'objectif commun de gagner cette guerre contre la pandémie, de protéger nos salariés et de pouvoir ensuite redémarrer l'activité économique. Notre priorité est de protéger nos compagnons. Nous demandons au gouvernement d'arrêter temporairement les chantiers, à l'exception des interventions urgentes, et de nous laisser une dizaine de jours pour nous organiser. »

Charles-Henri Montaut, président de la Fédération des Scop du BTP :

« Non Madame Pénicaud, nous ne sommes ni des défaitistes, ni des profiteurs mais tout simplement des gens réalistes qui connaissent leurs métiers, qui ont l'habitude de prendre leurs responsabilités et qui savent bien qu'un chantier est potentiellement un foyer de contagion important car il réunit des professionnels souvent par dizaines, venant de lieux, de métiers et d'entreprises différentes qui coproduisent ensemble en utilisant des moyens en commun. Et, dans ces conditions, il est illusoire d'imaginer quelque barrière sanitaire que ce soit qui puisse être réellement efficace. Alors halte au feu et faites arrêter tous les chantiers, car il est de notre responsabilité de faire primer la sécurité des salariés BTP qui évoluent dans un environnement (...) très vraisemblablement favorable à la propagation de l'épidémie. Faites arrêter les chantiers, donnez-nous le temps de nous organiser et, comme nous sommes des gens courageux, nous rattraperons le retard pris le moment venu. »

Pierre Convert, président de BTP Ain, et Frédéric Bagne, président de la Capeb Ain, dans un communiqué commun :

« L'État reprocherait à la branche BTP d'avoir arrêté le travail en expliquant que nous aurions sur-réagis et que nos entreprises n'étaient que peu ou pas concernées par les fermetures. Comble de l'indécence, certaines Direccte annonçaient que le bénéfice du chômage partiel pourrait être remis en cause pour notre secteur d'activité ! Cette position, inacceptable pour les entreprises du BTP, est en totale incohérence avec les déclarations du Président de la République et avec la situation sanitaire de notre pays (...). On ne peut pas demander aux entreprises et aux citoyens tout et son contraire, le confinement et la poursuite d'activité alors que malheureusement les entreprises doivent faire face à la crainte légitime d'une future contamination de leurs salariés (...). Nous sommes maintenant dans l'attente des propositions concrètes du gouvernement pour faire travailler nos salariés en toute sécurité. »

Edouard Barthes, président fondateur du Symbiote, le syndicat de la rénovation énergétique :

« Madame Penicaud, alors que le président de la République nous a, à plusieurs reprises, répété que nous sommes en guerre ; que le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur nous martèlent que nous devons rester chez nous, que nous devons limiter nos déplacements, même pour rencontrer nos familles, afin de nous protéger face à une crise sanitaire inédite dans notre pays… Je ne comprends vraiment pas comment vous pouvez penser que nos clients vont accepter de recevoir nos salariés chez eux afin de réaliser des travaux ! Comment pouvez-vous également concevoir de faire supporter aux chefs d'entreprises la responsabilité de convaincre leurs salariés de travailler dans un contexte de terreur mis en place, alors que leur travail n'est pas une urgence indispensable à la survie de notre population et également de supporter le coût nécessaire pour garantir leur sécurité ? Tout en laissant supposer que cela soit possible… Cette situation est invivable, intenable et incompréhensible. Nous attendons une prise de position claire, pour rassurer nos secteurs d'activités et comprendre concrètement la marche à suivre (...). Nos sociétés vont perdre des clients et du chiffre d'affaires mais la santé de nos collaborateurs reste la priorité. Les messages brouillés ne nous facilitent pas la tâche, la situation étant déjà bien compliquée pour nos secteurs d'activités ! »




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