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Entretien avec Christelle Rozier, présidente de BTP CFA Auvergne-Rhône-Alpes

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Entretien avec Christelle Rozier, présidente de BTP CFA Auvergne-Rhône-Alpes
© BTP CFA Auvergne-Rhône-Alpes

Très engagée envers les jeunes et l'apprentissage, Christelle Rozier a été récemment élue présidente de BTP CFA Auvergne-Rhône-Alpes qui, depuis le 1er janvier, a pris le relais des deux anciens BTP CFA Auvergne et Rhône-Alpes. Elle revient sur les missions de la nouvelle structure régionale et ses priorités d'actions à l'heure où se peaufine une réforme à grande échelle.

Vous insistez sur la notion de transmission. Pourquoi ?

La transmission est une tradition chez nous. Dans notre entreprise (Rozier-Porte Maçonnerie, NDLR), nous accueillons chaque année entre un et quatre apprentis et nos salariés sont eux-mêmes issus de l'apprentissage. De la même façon, nous accueillons régulièrement des jeunes dans le cadre de leur tour de France – mon mari a lui-même fait sa formation en alternance pendant plus de dix ans. Pour nous, la transmission du savoir-faire, mais aussi des valeurs du métier sont essentielles. Je mise beaucoup sur la jeunesse. Elle est la richesse de nos entreprises de demain.

Pensez-vous que l'apprentissage souffre toujours d'un déficit d'image ?

Je pense que, pour l'apprentissage en général, on va réellement vers le mieux. Ces dernières années, de grosses campagnes de communication ont été déployées, permettant de démystifier cette façon d'apprendre un peu différente du parcours classique, qui met en avant la vie en entreprise ou encore la transmission du geste. Même si les gens continuent d'envisager le cursus général comme étant la filière « normale », on a dépassé les clichés. Parents et jeunes se sont progressivement rendus compte que, par le biais de l'apprentissage, on avait beaucoup plus de chances d'être embauché en entreprise, souvent dans sa structure d'accueil d'ailleurs. On est dans un tournant, c'est enfin rentré dans les mœurs. Je rappelle souvent que ce n'est pas parce qu'on commence par un CAP que l'on est mauvais, bien au contraire. Il s'agit d'une étape qui ouvre vers des Bacs pro, des licences…

Vous évoquez aussi les nombreuses passerelles qu'offre le secteur…

On communique de plus en plus sur les différentes possibilités de parcours qu'offre le BTP et les parents s'y reconnaissent davantage. Pas évident pour un jeune de choisir sa voie professionnelle ! Ils ont souvent besoin de temps, hésitent, font parfois le mauvais choix et souhaitent avoir un moyen de se retourner. L'apprentissage correspond à ces attentes. CAP, BP, Mention complémentaire… Ils découvrent à chaque fois quelque chose de nouveau, qui va les orienter toujours plus dans la bonne direction. De la menuiserie, un apprenti va pouvoir passer à la charpente, et de la charpente à la couverture-zinguerie. Ce cursus est propre à la personne et à son envie, et il offre beaucoup d'opportunités. On ne répètera jamais assez que l'apprentissage reste une voie d'excellence, à la fois pour les jeunes, qui ont de vraies perspectives de carrière, mais aussi pour les entreprises, qui ont la garantie d'un personnel qualifié et impliqué.

Ces dernières sont pourtant nombreuses à déplorer des conditions d'embauche toujours plus difficiles et une réglementation de plus en plus stricte, sur les horaires de travail et la pénibilité au travail notamment. Quel est votre avis sur le sujet ?

On trouvera toujours des entreprises réticentes, mais moi je pense que les dirigeants sont plutôt enclins à prendre un apprenti, soucieux de transmettre leur savoir-faire à la jeune génération. En plus, cela reste le meilleur moyen d'intégrer quelqu'un à son équipe. La preuve avec la plateforme « offre-apprentissagebtp », que le BTP CFA Rhône-Alpes a lancée l'an dernier, permettant aux entreprises d'exprimer leurs besoins en ligne. Initialement, plus de 1000 offres étaient disponibles et un premier bilan nous a montré que 300 d'entre elles n'avaient pas trouvé d'apprentis, ce qui démontre l'intérêt de recruter pour les entreprises. Aujourd'hui, la réforme de l'apprentissage prend en compte leurs spécificités et propose des allégements de la réglementation pour faciliter les conditions d'embauches des apprenants, comme l'aménagement des horaires ou encore une aide financière unique. Pour le reste, on peut les aider. Dans cette histoire, chacun a un rôle à jouer.

Auparavant vice-présidente de BTP CFA Rhône-Alpes, vous avez récemment pris la tête de la nouvelle structure BTP CFA Auvergne-Rhône-Alpes, effective depuis le 1er janvier. Comment s'est opérée la fusion avec votre homologue auvergnat ?

Il a fallu une bonne année pour construire notre projet de fusion. Avec l'ensemble des partenaires sociaux, nous avons dû dresser un état des lieux des régions, apprendre à connaître les différents CFA et territoires… En bref, avoir une vision globale de nos homologues, de nos façons de fonctionner avec toutes nos différences et spécificités.

À quels niveaux ?

Par exemple, nous n'avions pas le même mode de financement des CFA. Le territoire Auvergne Rhône-Alpes est vaste et diversifié avec une métropole lyonnaise, des grandes villes et de nombreux territoires ruraux, demandant ainsi une adaptation par rapport à l'accès aux transports en commun. Du point de vue pédagogique, les cartes de formation correspondent aux spécificités des territoires. Les CFA en Auvergne travaillent avec des pôles d'excellence, où sont proposées une formation initiale de base jusqu'aux formations supérieures. En Rhône-Alpes, c'est le CFA AFRA « hors-murs » qui distille les voies supérieures (licences, BTS, diplômes d'ingénieur) dans 24 établissements partenaires. Les sections « Sport », dites CAPA, sont déclinés en Rhône-Alpes pour permettre à de jeunes sportifs de préparer la suite à donner à leur carrière. C'est une formation par l'alternance, à succès, qui mêle l'apprentissage d'un métier du BTP et la pratique du rugby, par exemple.

Cela dit, sur l'essentiel, le fonctionnement de chaque CFA du BTP était similaire. On fait partie d'un réseau (le CCCA-BTP – Comité de concertation et de coordination de l'apprentissage du Bâtiment et des Travaux publics, NDLR), il y a donc une certaine homogénéité. À nous aujourd'hui de prendre le meilleur de chacun pour construire la proposition la plus adaptée.

Quelles sont les formations en vogue auprès des jeunes et comment adapter l'enseignement aux évolutions permanentes du secteur ?

Plus de 60 % de nos apprentis sont en diplômes en niveau 5 (CAP, BP), 30 % en niveau 4 (bac pro). Ils favorisent plutôt les métiers de second-œuvre. Tout va très vite dans nos métiers et nous en avons conscience. Il faut que les jeunes sachent installer les machines que souhaitent les clients et utiliser les outils que les entreprises ont déjà intégrés dans leurs locaux. Aussi le BTP CFA Auvergne-Rhône-Alpes poursuit sa politique d'innovation pour permettre aux apprentis de se former aux nouvelles pratiques de demain : simulateurs de soudure ou de conduite d'engins, machines de dernière génération… La pédagogie elle aussi évolue. Le volet numérique (DAO, CAO, BIM, etc.) est distillé dans toutes les formations et sous toutes ses formes, même sur les savoirs de base. Par ailleurs, certains CFA font travailler différents groupes de travail autour d'un projet commun. L'ouverture d'esprit est essentielle. Tout est fait pour que les jeunes soient dynamiques et acteurs de leur formation.

Quel est votre avis sur la réforme de l'apprentissage annoncée par le gouvernement ?

L'évolution est plutôt positive, car nous allons vers plus de simplification des modalités du contrat d'apprentissage au bénéfice des entreprises : embauche et durée du travail des apprentis, conclusion et rupture du contrat… Autre point positif : l'apprentissage sera davantage valorisé dans l'orientation professionnelle. Le « pré-apprentissage » est une opportunité pour mieux accompagner les jeunes dans leurs orientations, il ouvre le champ des possibles pour ces apprenants et leur permet d'affiner leur choix vers un futur métier. Enfin, les organisations patronales et syndicales sont reconnues prioritaires par la loi pour co-construire, avec l'État, les diplômes et titres des métiers de l'artisanat du Bâtiment. Bien sûr, elles étaient déjà impliquées auparavant, mais elles pourront désormais totalement s'exprimer pour que la formation des apprentis corresponde parfaitement aux souhaits et aux besoins des entreprises.

Cette réforme implique néanmoins un changement de fonctionnement important du réseau…

Le BTP est prêt à répondre. Notre rôle, c'est de communiquer sur les changements à venir, les expliquer, rassurer. Le mode de financement des CFA ne dépendant plus des régions, il faudra répondre aux nouveaux critères de performance fixés par la réforme pour garantir la pérennité, comme le pourcentage de l'évolution des apprentis, le nombre de jeunes par section ou encore le taux de satisfaction des entreprises... Nous avons toutes les cartes en main, disposant d'une offre de formations et de formateurs de qualité en Auvergne-Rhône-Alpes. Nous devons capitaliser sur nos moyens pour répondre à ces nouveaux enjeux.

L'une de vos priorités, dites-vous, est de garantir le développement des onze CFA dont le CFA « hors murs ». Par quoi cela va-t-il passer ?

Conserver un CFA par département permet déjà de disposer d'un bon maillage territorial et d'offrir une offre de formations au plus près des apprentis et des entreprises. Après, comme je le disais précédemment, il va falloir homogénéiser les pratiques, prendre le meilleur de chacun pour définir nos nouvelles orientations par rapport à la réforme. On va désormais pouvoir accueillir des jeunes entre 16 et 29 ans, donc des personnes qui n'auront pas la même formation de base et dont les niveaux de connaissances ne seront pas identiques. On va être obligés de réadapter les cursus pour que chaque jeune puisse avoir un parcours spécialisé, dans sa voie : un peu plus de bases littéraires pour certains, une approche davantage « métiers » et gestes techniques pour d'autres… De la même façon, la numérisation nous sera (et nous est déjà) essentielle. Sur ce point, on a anticipé en lançant la plateforme « Net parcours Alternance BTP », une application digitale qui aide les jeunes et les entreprises à s'organiser : plus qu'un planning, il s'agit d'un carnet de suivi de la formation. Une sorte de « road book » de son apprentissage en quelque sorte.

On étudie également la possibilité de créer un « pôle des anciens apprentis » : une sorte de communauté qui réunirait tous les sortants des CFA et qui permettrait de créer du lien avec les entrants, d'aider les nouveaux apprenants à trouver leurs maîtres d'apprentissage, etc. On est en pleine phase de réflexion, on espère pouvoir le mettre en place l'an prochain.

Comme vous le voyez, le programme d'actions s'avère dense, entre la fusion à finaliser et la structuration de BTP CFA à organiser pour répondre à la fois à la réforme et au plan stratégique « transform'BTP » du CCCA.BTP.

Parlez-nous plus en détails de ce programme ?

Il décline sept grands leviers : développer l'offre de services dans les centres de formation (construire l'offre de formation, la formation continue, etc.) ; renforcer notre capacité à sourcer, en se plaçant à l'écoute des besoins des entreprises par exemple ; moderniser et développer l'activité par le modèle pédagogique (par le biais de la modularisation des parcours, du développement de l'ingénierie, de la certification…) ; innover (avec le BIM, les formations MOOC ou encore l'Académie numérique) ; développer les réseaux, grâce à la mise en lien de tous les CFA ; aligner les modèles stratégiques et RH ; structurer et renforcer le pilotage de la performance, autrement dit notre démarche qualité pour faire la promotion des métiers.

Combien d'apprentis compte le BTP CFA AuRA ?

Au 31 décembre 2018, soit l'année en cours, notre réseau regroupait 6 520 apprentis, soit 5,4 % de plus que l'an passé. Nous sommes très satisfaits de cette augmentation, bien plus nette que celle de 2017 et même en hausse par rapport au national (un peu moins de 5 %). Nous sommes également ravis d'enregistrer plus de 8 % d'augmentation sur les niveaux 5, là encore un niveau plus haut que l'évolution nationale (7 %). Cette donnée est d'autant plus gratifiante qu'elle concerne les primo-entrants, ce qui démontre un intéressement croissant pour les métiers de l'apprentissage. À moins que ce ne soit le taux d'insertion dans l'emploi qui séduise : plus de 7 apprentis sur 10 trouvent un emploi dans les six mois qui suivent la fin de leur formation.

BTP CFA Auvergne-Rhône-Alpes

490 salariés (70 % de formateurs environ)

20 administrateurs

6 520 apprentis (+5,4 % par rapport à l'année dernière)

Plus de 60 % en diplômes en niveau 5

30 % en diplômes en niveau 4

Plus de 7 apprentis sur 10 trouvent un emploi dans les six mois qui suivent




Charlotte ROBERT
Journaliste

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