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Gilles Courteix : « Le Bâtiment n'est pas un choix par défaut »

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Gilles Courteix : « Le Bâtiment n'est pas un choix par défaut »
© Charlotte Robert

Entrepreneur de gros œuvre à Tassin dans le Rhône, Gilles Courteix était depuis 1985 adhérent de BTP Rhône et Métropole, dont il en a assuré la présidence de 2010 à 2016, avant de prendre les rênes de la fédération régionale Rhône Alpes. Il revient sur les grands sujets d'actualité de la profession, insistant tout particulièrement sur la notion de transmission.

Remplaçant Jacques Blanchet au pied levé à la présidence de la FFB Rhône-Alpes fin 2015, vous avez eu la particularité de poursuivre dans le même temps la présidence de BTP Rhône. Quelle vision avez-vous de ces deux fonctions ?

Il s'agit de deux mandats totalement différents. Côté départemental, on se trouve très près du terrain et des entrepreneurs. Il est important de garantir l'unité de la maison tout en assurant une gouvernance ouverte, représentative de tous les adhérents. Chaque décision a été prise dans l'intérêt du plus grand nombre, dans un esprit de cohésion, en concertation étroite avec les membres du Bureau. Côté régional, c'est plus complexe à appréhender. Il faut fédérer des territoires qui ont des économies, des typologies d'entreprises et des problématiques très différentes. Après l'Île de France, Auvergne-Rhône-Alpes est la première région bâtiment. 8 à 9 % des actifs de la grande région travaillent dans notre secteur, ce qui représente près de 138 000 salariés. Au-delà des particularités et des différences, nous devons rester unis pour peser et faire entendre notre voix, ce qui est fondamental dans cette période de transition, tant politique avec la nouvelle majorité présidentielle que conjoncturelle avec une reprise qui reste fragile et inégale.

Les deux fédérations Auvergne et Rhône-Alpes ont fusionné le 1er janvier 2017. Comment appréhende-t-on un territoire aussi vaste ?

Tout au long du processus de fusion, j'ai travaillé en étroite collaboration avec Franck Cotton, président de la FFB Auvergne, afin d'appréhender au mieux les territoires et d'associer tous les acteurs, notamment dans l'équilibre de la gouvernance. Les présidents des fédérations départementales, qui siègent au comité directeur, ont tous accepté de prendre en charge une commission. Ils participent donc très directement aux orientations et aux décisions de la fédération. J'essaye également de me déplacer aussi souvent que possible et je participe très régulièrement aux assemblées générales départementales qui permettent de rencontrer les entrepreneurs, chez eux, dans leurs territoires. François Mareschal, le secrétaire général, maintient également un lien de proximité avec tous les secrétaires généraux des départements et, bien entendu, on communique de plus en plus par le biais de la visio-conférence.

Comment lutter contre la « fracture territoriale » ?

La force de la fédération, c'est d'être présente partout. L'un des objectifs de mon mandat régional, c'est de favoriser la dynamique de mutualisation pour assurer le même service pour tous les entrepreneurs, sans distinction, sur tous les territoires. C'est d'autant plus important qu'il est évident que l'on assiste à un phénomène de développement des grandes villes et métropoles au détriment des territoires ruraux ou péri-urbains. Prenez le Cantal : il ne constitue que 2 % de l'activité globale, alors que le Rhône en représente 22 %. Il faut rester particulièrement vigilants et mobilisés, car les dernières mesures prises par le gouvernement risquent d'augmenter cette fracture. Je rappelle que notre Fédération régionale a publié et défend treize mesures
pour conforter l'activité et lutter contre la fracture territoriale, parmi lesquelles le maintien de l'investissement public local, l'accompagnement de la transition numérique et la couverture homogène des territoires en haut débit, ou encore une vraie politique incitative pour le développement des logements en zones détendues.

Ce zonage, on en a beaucoup parlé. Avez-vous le sentiment d'avoir été écoutés ?

On devrait perdre près de 14 000 logements avec la réduction du périmètre du PTZ, bien que le gouvernement ait décidé de le maintenir en zones B2 et C jusqu'au 31 décembre 2019. À terme, cela va durement impacter les territoires. Imaginez que Valence et Montélimar sont en zones B2 ! Il faudrait vraiment avoir une révision de ces zonages pour développer plus harmonieusement les territoires... D'autant qu'il est important aussi de pouvoir aider les primo-accédants qui souhaitent rester ou s'installer en zone rurale. Quant au CITE, on souhaitait qu'il s'applique sur les résidences secondaires, ce qui n'a pas été retenu. Il est fondamental de réintroduire dans le CITE des lots aussi essentiels à la rénovation que les fenêtres ou les chaudières. De même, s'il doit évoluer en prime comme le souhaite le gouvernement, celle-ci doit être délivrée avant travaux pour être pleinement efficace.

Vous êtes en revanche favorable aux ordonnances de la nouvelle loi Travail, qui sécurisent les entreprises…

Les indemnités prud'homales ont été plafonnées. Même si, en contrepartie, les indemnités de licenciement ont été augmentées, nous sommes satisfaits, car le chef d'entreprise sait désormais à quoi s'en tenir. La loi travail est arrivée au bon moment. Après avoir perdu 11 % de nos emplois entre 2008 et 2017, soit 16 300 postes, nous retrouvons des couleurs depuis le début d'année et nous avons besoin de recruter ! C'est l'activité qui porte l'emploi, mais, pour recruter durablement, il faut aussi un environnement juridique stable qui donne confiance. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on s'est toujours battus contre la mise en œuvre, beaucoup trop complexe, du dispositif pénibilité et qui se serait révélée totalement contreproductive en termes d'emploi.

Un mot sur la conjoncture ?

La reprise est là, mais elle est inégale. On assiste à une remise en route plus lente en Auvergne-Rhône-Alpes, qui rattrape progressivement ses 3 à 4 points de retard par rapport à la moyenne nationale. Les entrepreneurs du bâtiment ont aujourd'hui une meilleure visibilité sur la commande. Dans l'ensemble, cela s'améliore. Les entreprises doivent cependant faire face à des marges et des trésoreries affaiblies ; il est urgent que les prix remontent pour compenser l'augmentation des coûts de matériaux, des matières premières et de la main d'œuvre. Autre difficulté : le recrutement ; les entreprises peinent à trouver les compétences dont elles ont besoin, alors qu'il subsiste des demandeurs d'emploi inscrits dans le BTP. Cela pose une nouvelle fois le problème de l'adéquation entre l'offre et la demande. Nous y travaillons avec Pôle emploi.

Que pensez-vous du déploiement de la carte d'identification professionnelle du BTP ? Est-ce un moyen suffisant pour lutter contre le travail détaché illégal ?

Le déploiement est satisfaisant puisqu'à ce jour plus de 146 000 cartes ont été délivrées, dont près de 36 000 pour les intérimaires. C'est un bon taux de couverture. Mais la carte n'est qu'un premier pas qui a pour objet de faciliter les contrôles. Il faut impérativement en augmenter le nombre (jour fériés et weekends compris), c'est comme ça que l'on va diminuer la fraude. La Direccte a récemment renforcé l'équipe de l'Uracti (Unité régionale d'appui et de contrôle en matière de travail illégal) et c'est une excellente chose. La loi a également changé et nous nous en félicitons : les peines sont désormais plus lourdes, notamment pour les donneurs d'ordre. Ce que nous réclamons, c'est de la sévérité et de lutter contre toutes les formes de travail illégal qui créent des distorsions de concurrence inacceptables et dangereuses pour la pérennité de nos entreprises et de l'emploi.

Un mot sur la charte sur la préférence régionale signée avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Dès lors qu'elle est conforme à la loi, je ne peux être que favorable à la préférence régionale. Avec 72 000 entreprises et établissements en activité dans la région, on est parfaitement en mesure de satisfaire nos maîtres d'ouvrage locaux ! Cela va aussi dans le sens du développement durable en limitant les déplacements et les émissions de CO2. Laurent Wauquiez ne souhaite aucun recours au détachement sur les chantiers de la région. C'est son choix et il est parfaitement légitime à l'exprimer. Il faut savoir qu'en Auvergne-Rhône-Alpes, les travailleurs détachés du BTP représentent 37 % du détachement, tous secteurs confondus. Pour notre part, nous pensons que la priorité est de lutter contre toutes les fraudes au détachement et toutes les formes de travail illégal. Pour des raisons évidentes de sécurité, nous sommes également favorables à la clause Molière, qui indique que les salariés doivent être à même de parler le français ou, le cas échéant, qu'ils aient un interprète capable de leur transmettre les consignes de sécurité.

Vous dites que « la rénovation énergétique est l'un des moyens de retrouver la croissance dans le bâtiment ». Que faire pour généraliser cette démarche auprès des artisans et entrepreneurs du secteur ?

Si on réhabilitait l'intégralité du parc de la région, les potentialités de travaux se chiffreraient à 55 Md€, vous imaginez ? Le marché de la rénovation énergétique est une source de croissance importante, mais il a pourtant du mal à démarrer. Le problème, c'est que l'on n'a pas d'équilibre à court terme. Quand on engage des travaux, on va faire des économies immédiates, certes, mais l'amortissement de l'investissement va prendre plusieurs années. Pour les copropriétés par exemple : une opération de rénovation énergétique peut coûter entre 30 000 et 35 000 € en moyenne par logement. Comment les financer ? Il faut trouver des solutions innovantes pour chaque type de cas et, surtout, cibler des objectifs réalisables. C'est aussi la raison pour laquelle nous plaidons pour le maintien de l'accompagnement de l'État sur ce sujet.

Il faut également continuer d'accompagner la montée en compétence des entreprises : les certifications doivent être simples pour l'entreprise et lisibles pour l'utilisateur. C'est essentiel ! Pour aider les particuliers à trouver le bon professionnel, la FFB Auvergne-Rhône-Alpes a édité un annuaire géo localisé des entreprises adhérentes labellisées RGE, consultable sur internet et smartphones. Nous appuyons également les démarches de groupement d'entreprises et de travail en réseau de compétences à travers nos opérations « Bâti meetings ».

On sait déjà que le numérique sera omniprésent dans le Bâtiment. Quid de l'impact du BIM auprès des artisans ?

Notre rôle, c'est avant tout d'informer précisément nos entrepreneurs. On doit les orienter vers le niveau auquel ils souhaitent accéder, en fonction de leurs besoins et de leurs marchés. Notre commission régionale Métiers identifie et teste des formations sur ce sujet. Mais n'oublions pas que cette révolution numérique passe avant tout par une bonne couverture des réseaux. L'une des priorités, c'est donc aussi de développer le haut débit sur l'ensemble de nos territoires.

Que pensez-vous du projet de réforme sur la formation et l'apprentissage, présenté par le gouvernement?

L'apprentissage reste une voie d'excellence pour accéder à l'emploi. Comparée à d'autres pays européens, notamment l'Allemagne, la France reste largement en deçà et se prive d'un levier essentiel d'intégration professionnelle. Le Bâtiment regroupe à lui seul 25 % des apprentis. Ce qui m'inquiète, c'est que l'on assiste non seulement à une baisse du nombre d'apprentis, mais aussi à une baisse générale de niveau et d'employabilité, due aux contraintes réglementaires toujours plus nombreuses (restrictions sur les horaires, sur certains types de travaux, etc.). Comment voulez-vous que, dans ces conditions, ces jeunes puissent apprendre nos métiers ? Heureusement, la réforme va plutôt dans le bon sens. La place des branches dans la définition des formations est accrue. Les professionnels pourront participer plus étroitement à développer une offre qui corresponde aux besoins des entreprises. Par ailleurs, toute une série de mesures que nous réclamions depuis longtemps ont été retenues : l'alignement du temps de travail, la possibilité d'embaucher un apprenti à tout moment, une cotisation formation simplifiée ... Mais attention, le texte n'est pas encore voté et il comporte également de nombreuses incertitudes, notamment sur l'équilibre financier à terme de certains CFA. Nous suivrons donc de très près le débat parlementaire. De notre côté, bien que l'on ait amélioré l'image de la profession, un gros travail reste encore à faire, notamment vis-à-vis des parents. Le bâtiment n'est pas un choix par défaut, il faut mettre en avant l'ascenseur social de nos professions : nous proposons de vrais parcours aux apprentis, de vraies chances de réussites ; nous parions sur les qualités humaines et personnelles autant que sur les compétences techniques. Il faut montrer l'excellence de nos savoir-faire : ils sont à peine considérés chez nous, alors qu'ils sont largement appréciés et reconnus en dehors de nos frontières ! C'est l'objectif que nous poursuivons lorsque nous organisons les sélections régionales des Olympiades des métiers, en public, devant les 12 00 visiteurs du Mondial des métiers. C'est ce que l'on fait à travers nos actions de promotion de l'apprentissage, soutenue par la Fondation du BTP, ou encore avec la toute nouvelle campagne de la FFB, « J'ai choisi le Bâtiment ». On bâtit, on a toujours bâti et on bâtira toujours.

Propos recueillis par Charlotte Robert

Gilles Courteix en quelques dates

2017 Président de la FFB Auvergne-Rhône-Alpes

2015 Président de la FFB Rhône-Alpes

2010 Président de BTP Rhône

1985 Adhère à la Fédération française du bâtiment (FFB)




Charlotte ROBERT
Journaliste

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