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Bernard Devert : "Le choc de l'offre du logement n'est pas là"

Le point avec Bernard Devert, le prêtre fondateur d’Habitat et Humanisme et président depuis cet été du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées*.
Bernard Devert : "Le choc de l'offre du logement n'est pas là"
©Ma.Petit-CCWikimédia

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Où en est le logement des personnes défavorisées ?

A fin 2021, on a en France 77684 ménages à loger au titre de la loi Dalo (Droit au logement opposable), qui sont actuellement non logés (personnes en situation régulière, en hébergement d’urgence) ou mal logés. Si l’hébergement d’urgence a progressé depuis 2017, le choc de l’offre du logement promis par le gouvernement en 2017 n’est pas là. En hébergement d’urgence, on est bien passé de 130 000 à 200 000 places, en nuitées d’hôtel, on est passé de 45000 à 73000 chaque année. On a créé 5200 places en pension de famille pour les personnes célibataires en difficulté (logements payants accompagnés). Cependant, en 5 ans, l’effort de la Nation pour l’aide au logement a été réduit de 1,82 % du PIB à 1,63 % du PIB de la France.

Qu’est que le covid a changé pour le logement des personnes défavorisées ?

Depuis le covid, on ne remet plus personne à la rue même en été, le gouvernement a repoussé puis annulé l’échéance du 31 mars : en effet, comment confiner des personnes à la rue ? Mais que va-t-il arriver au printemps 2022 à 200 000 personnes en hébergement d’urgence après la période hivernale ? La crise sanitaire a visibilisé la crise du logement social, mais on voit que pour cette campagne présidentielle, on parle de tout, sauf de la précarité, du logement social, de la santé, de la solidarité. Sur le plan de l’énergie, on n’a pas progressé non plus, on a régressé, puisqu’en 2017, 15% des personnes mal logées déclaraient avoir froid l’hiver, en 2020-21 on était à 20% de « mal chauffés ».

Libérer des logements

Quelles solutions peut-envisager ?

On estime qu’il existe en France, rien que dans les métropoles, environ 320 000 logements vacants que l’on pourrait réinvestir moyennant quelques petits travaux. Sur ce nombre on peut imaginer réaliser 310 000 PLAI (financé par un prêt locatif aidé d'intégration).

Il faut également lutter pour la maîtrise des coûts de la charge foncière, qui freine la construction de nouveaux projets. Pourquoi acheter le terrain ? Des dispositifs existent pour rendre moins chère la construction de logements sociaux.

Ce serpent de mer qu’est la vacance des logements, sujet rebattu et rebelle, trouve désormais sa solution dans le cadre d’une convention tripartite entre l’Etat, le propriétaire-bailleur et les associations qui, dans le cadre de l’économie solidaire, mobilisent des financements.

Que des personnes ne puissent disposer d’un ‘chez-soi’, est une situation insupportable. Il nous faut l’éradiquer. La nonchalance à l’égard de ce drame est une faute sociale qui n’est pas sans assombrir et contredire les valeurs qui nous réunissent.

Enfin accélérer la sortie des personnes des logements très sociaux vers les logements intermédiaires pour libérer des places. De plus cela permettra d’éviter de rejeter les personnes vers les quartiers dits « perdus de la République ».

L’explosion des charges foncières dans les métropoles comme Lyon nous contraint à réfléchir à favoriser des constructions dans les villes moins chères comme Saint-Etienne, Bourgoin-Jallieu, où le foncier et l’immobilier sont moins chers.

Autres pistes : on estime que le télétravail va vider 15 à 20 % des bureaux, cela fera autant de mètres carrés libérés, qui pourraient moyennant travaux, changer de destination.

Par ailleurs, on le voit avec la crise Covid, la plupart des soignants habitent loin de leurs lieux de travail, notamment les grands hôpitaux. Il serait souhaitable de réserver des logements pour soignants aux alentours des hôpitaux.

Propos recueillis par Eric Séveyrat

*Le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées est une institution gouvernementale créée par le décret 92-1339 du 22 décembre 1992 à la demande de l'abbé Pierre. Le Haut Comité rédige chaque année un rapport qu'il remet au président de la République et à son gouvernement.

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