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INTERVIEW / Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB : "Être reconnus pour ce que nous sommes"

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INTERVIEW / Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB : "Être reconnus pour ce que nous sommes"

Il a été champion de France de rugby avec le RC Toulon en 1992. Jean-Christophe Repon a mis les valeurs du sport - travail et passion - au service de l'entreprise familiale d'électricité qu'il a reprise en 1995 et de la Capeb, dont il a gravi les échelons pour en devenir le président le 2 juillet dernier. Rencontre avec un Maître-artisan électricien qui a su garder un pied sur le terrain pour défendre bec et ongles l'entreprise artisanale du bâtiment.

Votre prédécesseur Patrick Liébus vous dit "motivé" et "perspicace". Deux qualités encore plus indispensables dans un contexte post-Covid particulièrement difficile pour les entreprises artisanales…

"Être motivé, c'est le minimum pour être président. Je suis motivé et j'espère être perspicace. Ce qui me relie à Patrick Liébus, c'est la passion du métier et des entrepreneurs artisans. La Capeb est là pour défendre ces deux passions.

J'ai repris l'entreprise familiale en 1995 : mon père était artisan électricien et ma mère, conjointe d'artisan. Depuis, je suis passionné par le métier. J'ai pourtant eu du mal à y venir. A la suite de mon parcours de sportif, je voulais être prof de gym… Puis, avec le temps, j'ai proposé à mon père de faire une formation en alternance, afin d'être légitime dans ma reprise d'entreprise. Une fois que cette reconversion a été décidée, elle a été consciente et assumée."

Cette motivation, vous l'avez toujours pratiquée, notamment dans le rugby de très haut niveau… Peut-on faire un parallèle entre les valeurs du sport et celles portées par la Capeb ?

"On peut évidemment faire le rapport. J'ai eu plusieurs cycles dans ma vie. Un cycle de sportif de haut niveau, dans lequel je me suis investi à fond dès l'âge de 11 ans. Puis un autre cycle dans l'entreprise artisanale de mon père où, là aussi, je me suis investi à fond. J'ai réussi à me structurer dans le sport et dans l'entreprise, dans la Capeb départementale puis au niveau national.

Les notions de travail et de passion inhérentes au sport, on les retrouve à la Capeb et dans l'entreprise artisanale. Et au-delà de ces deux notions individuelles, la notion du collectif me semble essentielle. C'est exactement comme cela que je conçois la gestion d'une présidence de Capeb, qu'elle soit départementale, régionale ou nationale. Il faut un président, un capitaine, un chef d'équipe, mais aussi un but. C'est bien le collectif qui fait la politique de la Capeb et qui permet de défendre nos artisans au niveau territorial.

Donc oui, il y a bien sûr un parallèle : je me suis beaucoup servi de ce que j'ai fait dans ma carrière sportive pour la défense des artisans. Je retrouve la même passion, la même envie. C'est ce qui nous rapprochait dans le sport : en début d'année, on se fixe des objectifs et on essaie de les atteindre en dépit des aléas qui nous empêchent d'y arriver. La motivation et la passion, c'est d'arriver à ce que l'on soit le plus proche possible des objectifs fixés en début d'année."

"La Capeb, lieu d'échanges et de partage de nos expériences d'entreprises"

Depuis combien de temps adhérez-vous à la Capeb ?

"Mon père n'était pas investi en tant qu'élu, mais il a toujours été adhérent à la Capeb. J'ai mis fin à l'entreprise artisanale de mon père pour créer une SARL, avec mes parents comme actionnaires. Et j'ai ré-adhéré la nouvelle entreprise à la Capeb dès 1995. C'est cette proximité, cette capacité à pouvoir échanger qui me plaisait. Les choses nous paraissent compliquées quand on est seul dans l'entreprise, et en particulier aujourd'hui avec cet environnement extérieur de plus en plus changeant. Il est parfois difficile d'obtenir des informations, et la Capeb est vraiment le lieu de partage et d'échanges de nos expériences d'entreprises. Grâce à ses compétences, elle permet d'apporter des solutions aux problématiques quotidiennes des dirigeants.

C'est ce lieu d'échanges qui me paraît essentiel, et c'est ce qu'il va falloir travailler à l'avenir : jouer le rôle de corps intermédiaire pour éviter les poussées d'adrénaline chez les artisans. Il faut expliquer, faire de la pédagogie et, le cas échéant, pour les cas les plus problématiques, trouver des solutions. C'est le rôle de la Capeb nationale de faire du lobbying, de rencontrer les ministres pour leur dire "là, il y a un réel problème".

Nous sommes une économie de proximité bien réelle, concrète - on le voit avec la crise du Covid -, il nous faut donc des solutions concrètes, non pas des visions dissociées de la réalité des entreprises et des territoires. Il nous faut mettre en adéquation les problématiques du quotidien sur nos chantiers (relations avec le client, facturation...) avec des directives nationales qui peuvent parfois s'en éloigner."

Rester ancré dans la proximité, c'est bien sûr important pour vous et pour votre entreprise… Pas trop difficile de gérer à la fois la proximité du terrain et vos responsabilités nationales ?

"Je ne dirais pas que c'est facile. Les territoires et les adhérents donnent le tempo de l'entreprise et nous, élus, sommes dans l'obligation de conserver notre structure et d'y travailler. Evidemment, chaque artisan entrepreneur se fixe des objectifs pour son entreprise, qu'il dimensionne en conséquence. L'important, c'est de répondre aux demandes et à ces objectifs.

Quand j'étais sur le territoire et que j'avais trois salariés et deux apprentis, je pouvais conserver cette dimension d'entreprise artisanale. Aujourd'hui, je n'ai plus que deux salariés et je gère ma clientèle historique. Etant le seul actionnaire de mon entreprise, je sais que je ne vais pas pouvoir avoir dix salariés en étant absent plusieurs jours pendant la semaine. J'ai adapté ma structure pour pouvoir assumer mon rôle dans l'entreprise et mes mandats nationaux. Malgré le fait que je sois vice-président du CCCA-BTP et que j'aie formé une quinzaine d'apprentis jusqu'à présent, aujourd'hui je n'en ai plus. En tant que maître d'apprentissage responsable, je ne peux pas prendre un apprenti pour ne le voir qu'un jour par semaine et l'évaluer à la fin de l'année.

C'est vraiment la force de l'entreprise artisanale : pouvoir l'adapter comme on le souhaite, en très peu de temps. Et si demain je devais arrêter mes mandats syndicaux à la Capeb, je remettrais ma passion et mon investissement dans mon entreprise."

Après une chute de 24 % au 2e trimestre 2020 par rapport à la même période de 2019, due à l'épidémie de Covid-19, l'activité des artisans du bâtiment a-t-elle rebondi ? Comment envisagez-vous les mois à venir ?

"A ce stade, on ne peut pas parler de rebond. On a évalué la baisse d'activité de 15 à 17 % sur l'année. Actuellement, l'entreprise artisanale supporte la crise, elle se porte correctement, elle répond aux commandes passées. Elle a travaillé cet été pour rattraper le retard, elle refait ses carnets de commandes. Nous espérons que les artisans pourront garder leurs compétences en interne, que les dirigeants ne perdront pas de salariés. Nous attendons que le PGE - c'était l'annonce du gouvernement - soit garanti sur plusieurs années, pour que les entreprises qui n'auraient pas la trésorerie pour payer dès la fin de la crise ne soient pas condamnées à des taux d'intérêt trop importants et, à terme, ne fassent faillite. Le gouvernement a commencé à parler de faillites, nous souhaitons de l'activité pour éviter ces faillites.

Pour l'instant, l'artisanat du bâtiment fait face à la crise du Covid, il a été responsable dans sa reprise d'activité, et on espère que le gouvernement ne l'oubliera pas. On a joué le jeu, pour l'instant on n'a pas perdu de salariés. On espère pouvoir recruter, prendre des apprentis... Il ne faudrait pas que l'investissement qu'on a mis pendant cette période et la confiance qu'on essaie de restaurer avec nos particuliers soient oubliés une fois la crise finie."

"Avoir l'un des nôtres auprès du ministre de l'Economie est un signe encourageant"

Alain Griset, président d'U2P, a été nommé ministre délégué chargé des PME. Une bonne nouvelle pour les entreprises de proximité ?

"Avoir un ministre délégué aux TPE-PME, avoir « l'un des nôtres » auprès du ministre de l'Economie, c'est pour nous un signe encourageant, un signe de reconnaissance de notre économie de proximité. Ce que souhaite l'artisanat du bâtiment, c'est la reconnaissance de son investissement au quotidien. Qu'on nous enlève un maximum de freins à l'activité. Depuis quelques années, beaucoup d'artisans se plaignent de la partie administrative, gestion d'entreprise. C'est cette partie-là qu'on aimerait un peu réduire, afin d'être au maximum sur la l'activité et la productivité. Il faut que les aides soient ciblées pour les entreprises artisanales vertueuses qui sont là pour des décennies. Sur le territoire toulonnais, on a formé des apprentis, on a fait vivre des familles de salariés et on a rendu un service de qualité aux particuliers... Il faut que l'on puisse assurer cette continuité."

Le budget de MaPrimeRéno'v a doublé pour les deux prochaines années… La politique menée par le nouveau gouvernement Macron en matière de rénovation énergétique vous satisfait-elle ?

"Elle est ambitieuse. Nous avons interpellé le ministre Alain Griset et la ministre Emmanuelle Wargon sur ces problématiques-là, et pour l'instant les mesures ne sont pas au rendez-vous. Apparemment ils travaillent sur la capacité à mettre en route MaPrimeRéno'v avec l'Anah [Agence nationale de l'habitat, NDLR]. Elle a du mal à décoller. On a été entendu par la directrice de l'Anah, et visiblement des efforts sont faits pour avancer.

Actuellement, toute la partie RGE [label Reconnu garant de l'environnement, NDLR], MaPrimeRéno'v et CEE [certificats d'économie d'énergie, NDLR] n'est pas à la hauteur des ambitions que l'on devrait avoir, et pour la société, et pour les foyers. Nous avons une baisse des artisans qualifiés RGE, tous réseaux confondus, ce qui veut dire que le marché n'est pas présent ou que l'on a une défiance par rapport à la complexité de ce marché. Ce que l'on demande au gouvernement, c'est de simplifier ces primes pour qu'elles soient lisibles pour le particulier, compréhensibles par l'artisan et qu'elles ne changent pas quatre fois dans l'année. De l'argent est mis sur la table mais, à mon avis, il n'est pas à la hauteur de ce que l'on veut engager comme travaux.

Régulièrement, et on va continuer à le faire, nous faisons part de notre souhait d'intégrer la transition énergétique, qui est un élément essentiel dans l'avenir, avec la rénovation. C'est pour cela que l'on réclame la TVA à 5,5 % sur tous les travaux de rénovation. Et je crois que la crise du Covid a montré que les particuliers voulaient mieux vivre chez eux. La transition énergétique et la rénovation énergétique constituent une partie du mieux-vivre, mais pas uniquement. Il faut prendre en compte l'accessibilité, le maintien à domicile... La rénovation intègre toutes ses dimensions, et il faut un signe fort vis-à-vis des particuliers. Je pense que la TVA à 5,5 % sur la rénovation dans son entier pourra entraîner et emmener avec elle la rénovation énergétique, le RGE, et faire décoller définitivement ce marché."

La promotion des métiers du bâtiment auprès des jeunes et leur formation sont au cœur des préoccupations de la profession. Les finales nationales des WorldSkills se dérouleront à Lyon en décembre ; de quelle façon la CAPEB se mobilise-t-elle pour cet événement ?

"L'ADN de l'entreprise artisanale du bâtiment, c'est l'apprentissage et la transmission de nos savoirs. Nous sommes partie prenante dans les WorldSkills et dans l'apprentissage. L'orientation et la reconnaissance de nos métiers sont essentiels. On a parfois du mal à venir à l'artisanat, par fierté ou déficit d'image. Il est valorisant de dire que l'on est médecin ou avocat, plus difficile d'avouer que l'on est artisan…

Il faut retrouver cette fierté d'appartenir aux métiers de l'artisanat du bâtiment, revendiquer que l'on a de belles carrières à faire en étant artisan, que l'on peut être épanoui dans notre vie de famille, avoir la qualité de vie que les jeunes recherchent... C'est pour cela que je suis revenu dans l'entreprise familiale : je me suis aperçu que mes parents m'avaient donné une véritable éducation et une qualité de vie, alors que j'avais du mal à assumer le fait qu'ils étaient artisans. Nous allons travailler là-dessus pour dire qu'il y a vraiment de belles carrières à faire et de belles vies à mener dans l'artisanat du bâtiment.

La Capeb sera mobilisée auprès du président Armel Le Compagnon dans ces WorldSkills qui constituent une formidable vitrine pour nos métiers. La promotion des métiers, c'est essentiel."

"Nous ne supportons pas de ne pas être reconnus pour ce que nous sommes au quotidien"

Quel sera votre principal cheval de bataille en temps que président de la Capeb ?

"Nous ne supportons pas de ne pas être reconnus pour ce que nous sommes au quotidien. On comprend qu'il est plus aisé de parler à des grands groupes ou des multinationales, mais les TPE représentent tout de même 98 % du secteur du bâtiment… A un moment donné, même si c'est un peu plus compliqué d'actionner des leviers, nous sommes incontournables et la Capeb est incontournable dans ce secteur économique. Les injustices, qui nous semblent être vécues régulièrement sont le moteur de notre motivation et de notre passion."

Pendant la crise, la Capeb a fait preuve de solidarité avec la Fédération française du bâtiment. A l'avenir, est-il prévu de collaborer plus régulièrement avec Olivier Salleron, le nouveau président de la FFB ?

"La Capeb n'a pas de problème avec la FFB en tant que tel, elle défend ses objectifs. Nous avons forcément des politiques différentes car, sinon, il n'y aurait qu'une organisation patronale… Nous rapprochons a minima nos objectifs et je pense qu'il y en a - dans l'économie, l'apprentissage, la formation continue... - que nous partageons. Je porte un mandat auprès de mes artisans, et je défends l'intérêt de mes artisans. Si leur intérêt est de travailler avec la FFB, nous le ferons aisément. Mais si demain on sent qu'on est en difficulté et que l'intérêt des artisans n'est pas sauvegardé, nous repartirons - comme nous l'avons fait par le passé - pour défendre bec et ongles l'intérêt de nos artisans."


Le président Jean-Christophe Repon sera présent à Lyon à l'occasion des Journées Professionnelles de la Construction CAPEB qui se dérouleront les 29 et 30 octobre prochain au Centre de Congrès.

JEAN-CHRISTOPHE REPON EN DATES

2020 Elu président de la Capeb pour un mandat de 3 ans

2019 Premier vice-président de la CAPEB en charge des affaires sociales et de la formation

2016 Président du CCCA-BTP

2010 Président de la Capeb du Var

1995 Reprend l'entreprise familiale pour en faire une SARL

1992 Champion de France de rugby avec le RC Toulon

1967 Naissance à Toulon




Fabien RIVIER
Journaliste

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