AccueilActualitésLaurence Borie-Bancel (CNR) : "Apporter notre pierre à l’édifice de la transition écologique"

Laurence Borie-Bancel (CNR) : "Apporter notre pierre à l’édifice de la transition écologique"

Nommée à la tête de CNR depuis octobre 2021, Laurence Borie-Bancel poursuit la feuille de route de sa prédécesseur Elisabeth Ayrault qui avec ses équipes, s’était mobilisée pour garder la concession du Rhône.
Laurence Borie-Bancel (CNR) : "Apporter notre pierre à l’édifice de la transition écologique"
Marine-Agathe Gonard

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Quels sont les principaux enjeux liés à la nouvelle concession du fleuve Rhône ? Etait-ce acquis que CNR poursuive sa mission ?

L’objet CNR est un objet singulier puisque nous sommes la seule société anonyme d’intérêt général en France. Par ailleurs, par rapport à la concession du fleuve, on nous a confié la gestion holistique du Rhône, avec trois missions : la production d’électricité, la navigation et l’irrigation des exploitations agricoles. La loi qui a créé la concession date de 1921 et CNR a été créée en 1933. L’autre singularité, c’est notre actionnariat avec un équilibre entre le public et le privé avec 183 collectivités territoriales qui détiennent 17 %, la Caisse des Dépôts (33 %) et Engie (50 %). Notre ancrage fort dans les territoires est une autre de nos singularités. Nous redistribuons ainsi plus de 80 % de la valeur créée à destination de l’intérêt général, in fine aux territoires ; via une redevance que nous payons sur le chiffre d’affaires liées à la production de l’électricité, la fiscalité et les taxes ainsi que les dividendes.

"La gestion d’un fleuve dans sa globalité, avec ces trois missions, est unique au monde"

CNR est une entreprise industrielle et redistributrice. La gestion d’un fleuve dans sa globalité, avec ces trois missions est unique au monde. La biodiversité est aussi dans notre ADN, je le rappelle. Nous avons le plus grand programme mondial de réhabilitation d’un fleuve. C’est un pan traverse à nos autres activités. Notre concession devait se terminer en 2023 et a été prolongée jusqu’en 2041. Nous avons donc 20 ans de visibilité qui sont précieux et qui nous engagent. Nous devons continuer à être un bon concessionnaire. Ce n’était ainsi pas acquis que notre mission soit reconduite mais il a été démontré par l’Etat auprès de l’Europe que la concession CNR devait être prolongée sans mise en concurrence.

Quels sont les axes de votre feuille de route ?

La feuille de route est alignée sur notre raison d’être : le Rhône pour origine, les territoires pour partenaires et les énergies renouvelables pour l’avenir. Notre premier enjeu est industriel, avec des actifs qui ont plus de 50 ans qui impliquent de la maintenance, et avec lesquels nous devons continuer à produire de l’électricité. Nous devons aussi investir par ailleurs, d’où la construction de six petites centrales hydrauliques : c’est l’augmentation de la capacité d’un de nos ouvrages à Montélimar, c’est aussi un projet d’ouvrage en amont de la confluence de l’Ain et du Rhône, au niveau de Saint-Romain-de-Jalionas. Au niveau de la navigation, nous devons aussi améliorer la fiabilité de deux écluses, sans oublier l’extension du domaine concédé avec 80 kilomètres en plus à gérer, au niveau du delta du Rhône et du canal de Savière. Nos missions d’intérêt et général sont poursuivent également sous la forme de plans quinquennaux sur cinq axes : le développement des énergies renouvelables, la navigation, la biodiversité, l’accompagnement des territoires et l’agriculture. Chaque plan est doté de 165 M€. CNR est une entreprise industrielle ancrée sur son territoire avec 1 400 salariés et 14 000 emplois induits. 60 % de nos achats sont effectués dans le département du Rhône et nous possédons 18 sites industrialo-portuaires, soit autant d’arguments et d’actif en faveur du développement économique, sans oublier 4 ports sous-concédés avec l’objectif en favorisant le report modal vers le fleuve.

Les énergies renouvelables et notamment le photovoltaïque doivent être développées parce qu’elles participent à l’indépendance énergétique de notre pays"

En quoi CNR est-elle un acteur de la transition énergétique ?

Nous avons 3 000 mégawatts de capacités installées le long du Rhône et nous produisons 14 térawatts heure, soit 25 % de la production d’hydro-électricité en France. Mais nous sommes aussi développeurs d’éoliens et de photovoltaïques. Et nous voulons poursuivre sur l’ensemble de ces énergies afin que CNR apporte sa pierre à l’édifice de la transition écologique de la France et de l’indépendance énergétique. Nous avons récemment déployé notre programme Solarhona, destiné à développer la solarisation du Rhône avec une ambition forte à 1 000 mégawatts à l’horizon 2030 (Pour un milliard d’euros d’investissements, NDLR). Le développement des énergies renouvelables et notamment le photovoltaïque doivent être développées parce qu’elles participent à l’indépendance énergétique de notre pays.

@Marine-Agathe Gonard

De quelle manière agissez-vous en matière d’innovation ?

CNR est en recherche constante d’innovation. Nous avons développé un démonstrateur de photovoltaïque flottant et installé un démonstrateur linéaire bifacial (soit des centrales photovoltaïques verticales, Ndlr), sur une de nos digues à Sablons-sur-Isère, adapté à notre foncier. Nous allons aussi nous développer de l’hydrogène car c’est un moyen de décarboner les mobilités et l’industrie et de stocker l’électricité. Nous travaillons aussi avec la start-up Switch pour développer un démonstrateur de production d’électricité par osmose en utilisant la différence de salinité entre le Rhône et le Méditerranée qui existe dans le Delta du Rhône.

A travers le Rhône, "jouer à plein la carte du mix énergétique"

Que nous apprend la dépendance énergétique à certains pays notamment la Russie, par rapport à notre propre politique énergétique ?

Même dans le scénario le plus nucléarisé effectue par RTE, il est démontré que la production renouvelable doit être augmentée massivement, en raison d’abord de l’augmentation signification de la consommation d’électricité. La crise en Ukraine n’a fait qu’accentuer notre dépendance aux énergies fossiles. C’est fondamental d’accélérer sur ces énergies renouvelables et de jouer à plein la carte du mix énergétique. Il faut de tout pour un faire un mix ! Et d’ailleurs, il ne faut pas oublier de citer l’hydro-électricité dont on ne promeut pas assez la puissance.

Doit-on pratiquer absolument cette diversification des sources d’énergie même si elles ne sont pas toutes optimales et pas toutes acceptées par les élus et les citoyens ?

C’est difficile pour l’éolien de s’imposer auprès des élus effectivement. Mais je reste convaincue que son acceptation n’est pas aussi mauvaise que cela. Des projets éoliens se passent par ailleurs bien. Nous n’irons jamais construire contre la volonté des élus.

Quel est l’état du Rhône ? Le changement climatique est-il de nature à vous inquiéter ? Cette année de grande sécheresse est-elle un élément supplémentaire sur l’absolue nécessité de préserver la ressource en eau ?

La qualité de l’eau du Rhône est d’abord bien meilleure que par le passé. Sur les dix dernières années, nous n’avons pas constaté de baisse du débit moyen. En revanche, on remarque que s’amorce une plus grande variabilité du Rhône, avec plus d’eau en hiver et moins d’eau en été, surtout dans le sud. Donc des étiages plus sévères, des fontes de neige plus tôt dans l’année et des phénomène extraordinaires, je pense aux crues qui sont survenues en juillet 2021. En tant qu’exploitant, nous devons donc nous adapter au jour le jour. Lutter contre ces changements climatiques passe par une politique à 100 % en faveur du renouvelable.

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