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Marie-Ange Debon : « L'innovation numérique est au cœur de la stratégie de Suez »

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Marie-Ange Debon : « L'innovation numérique est au cœur de la stratégie de Suez »
© Suez / Denis Félix

La nouvelle directrice générale France du groupe Suez mise entre autres sur le digital pour optimiser les services et accroître l'efficience, sur notre territoire, de l'expert mondial des métiers de l'eau et des déchets.

Quel a été votre parcours ?

Avant Suez, j'ai travaillé chez France 3, entreprise franco-française, puis chez Thomson, groupe très industriel et international. Deux extrêmes ! Suez, dont le tiers de l'activité est en France, était le trait d'union entre les deux. J'y suis rentrée en 2008. J'ai tout d'abord occupé les fonctions de secrétaire générale pendant cinq ans, puis j'ai dirigé l'international pendant cinq autres années, avant de prendre la responsabilité de la France il y a trois mois. Il est important d'avoir une vision internationale pour bien comprendre le domaine domestique. Les deux savoir-faire se nourrissent.

Vous avez pour mission d'accroître l'activité dans notre pays en simplifiant les structures et en mutualisant les moyens pour contribuer à un plan d'économie du groupe de l'ordre de 150 à 200 M€ par an. Quelles sont vos priorités ?

Il est très important que la France soit dynamique et en croissance pour Suez dans son ensemble. Nous restons perçus à l'international comme un grand groupe français et nous devons rester solides sur nos bases. Le marché est devenu complexe et difficile dans notre pays. Le monde change. L'urbanisation croissante, les nouvelles pollutions, le changement climatique créent de nouveaux besoins. On est dans un marché déflationniste, alors que les investissements sont nécessaires. On doit continuer à investir et travailler sur le juste prix, réexpliquer les fondamentaux de nos deux activités, améliorer notre performance opérationnelle.

Le retour à la performance doit-il être corrélé avec une refonte des effectifs, à l'instar du plan de départs volontaires engagé l'an dernier ?

L'objectif premier est bien la croissance et le développement de Suez. Le second touche à la performance. Pour l'atteindre, nous n'envisageons pas de départs. Le plan de l'an dernier, qui concerne 550 départs volontaires, en majeure partie dans les fonctions supports, est un dossier clos. Les équipes en France sont pleinement opérationnelles et tournées vers cet objectif de performance. Désormais, nous allons travailler différemment, être encore plus efficaces dans la façon de rendre notre service.

Optimiser vos services et être plus efficient : comment cela se concrétise-t-il ?

Très concrètement, nous souhaitons augmenter nos réponses aux appels d'offres en nous appuyant sur les mêmes équipes, afin de générer de la croissance commerciale. Mais nous misons aussi sur un essor de l'IOT (ndlr : internet des objets). Par exemple, pour numériser nos bennes – 50 000 environ – améliorer leur localisation en les équipant de puces ou bien optimiser les tournées via des systèmes de programmation intégrés à bord des camions. Le métier de l'eau subit de vastes évolutions. Nous avons installé massivement des capteurs sur les canalisations, ce qui permet de détecter les fuites au cœur de quartiers très connectés et de modéliser les diverses consommations. Tout doit concourir à être plus efficace et à proposer un service de qualité sur tous les territoires.

Le digital constitue-t-il en cela un atout ?

Tous nos métiers peuvent être optimisés par le digital et l'innovation numérique est au cœur de notre stratégie. J'en veux pour preuve l'investissement de Suez dans Visio et Valovisio pour les activités gestion de l'eau et gestion des déchets. Ces centres de pilotages intelligents permettent de centraliser des données en continu et d'accroître les résultats. Visio est un outil pour réaliser la meilleure programmation des équipes à l'occasion de relevés, optimiser les passages et ainsi éviter le no show, qualifier les interventions... Valovisio, destiné aux clients industriels, permet de planifier l'activité (enlever les cartons sur site ou les déchets d'un chantier), d'anticiper.

Une innovation que l'on retrouve aussi dans votre politique d'acquisitions. Décryptez-nous cette dernière...

Notre stratégie d'acquisition évolue sur deux pieds. Nous sommes attentifs aux start-ups riches d'activités innovantes, qui sont une force pour aider nos clients industriels à gérer leur ressource et leur énergie. Je pense ici à Derceto, leader des solutions d'optimisation des coûts énergétiques des systèmes de production et distribution d'eau potable. Mais aussi à sigrenEa, dans laquelle nous avons d'abord pris une participation avant d'effectuer un rachat. Spécialisée sur le marché de la collecte de déchets, sigrenEa a créé une sonde de télémesure de remplissage de bennes et un logiciel métier associé. Nous sommes en capacité de savoir aujourd'hui si les bennes sont remplies et si une collecte doit être déclenchée. Outre les start-ups, il y a aussi des acquisitions plus traditionnelles, comme celle de l'Américain GE Water, spécialisé dans le traitement de l'eau utilisée par les industriels, qui a orienté Suez plus dans l'eau que dans le déchet. Nous nous sommes dotés de grosses parts de marché, et avons pu compléter un pan d'activité qui nous faisait défaut.

Pour autant, la R&D représente moins de 1 % de votre chiffre d'affaires. Est-ce suffisant au regard des enjeux ?

Nous ne sommes pas une entreprise industrielle. Notre premier métier, c'est d'offrir du service à nos clients par nos talents. Notre savoir-faire est d'abord et avant tout humain. Notre innovation est aussi dans les process, la façon dont nous gérons nos équipes, nos stations...

Annoncée par le gouvernement, la modification du capital d'Engie pourrait-elle avoir des conséquences pour Suez, dont Engie est le premier actionnaire ?

Suez et Engie sont deux sociétés cotées (ndlr : depuis 2008 pour Suez). La première gravite plus dans l'eau et l'environnement ; la seconde dans l'énergie. Engie est le premier actionnaire de Suez, à hauteur de 32 %. Même si je n'oublie pas nos autres investisseurs majeurs, comme la banque espagnole Caixa, et que Suez possède un actionnariat large. Engie et Suez ont une coopération ténue : réponses communes aux appels d'offres, par exemple, pour des installations de chaufferie biomasse ou de panneaux photovoltaïques sur des centres d'en- fouissement. Et une même approche globale de la smart city. Maintenant, pour répondre à votre question, si l'État diminue au capital d'Engie, est-ce que cela va changer la façon de travailler d'Engie ? Je ne le pense pas. Donc, pour nous, je ne vois aucun impact.

Le secteur de l'énergie et de l'environnement est très concurrentiel. Quels sont vos liens avec les autres acteurs ?

Effectivement, notre secteur présente une concurrence féroce, notamment en France avec Veolia. Nous devons paradoxalement réduire les tarifs et les prix, alors que des investissements s'avèrent nécessaires. C'est une vraie problématique. Mais la concurrence, c'est aussi une émulation, une stimulation qui poussent à l'innovation, à être à l'écoute du client. Chez Suez, nous cherchons toujours à avoir des éléments de différenciation.

Estimez-vous que les tarifs sont actuellement sous-estimés ?

Dans le domaine de l'eau par exemple, on ne vend pas de l'eau. On vend tous les services qui permettent que l'eau pompée soit consommable et que les eaux usées soient traitées, et d'assez bonne qualité pour que la nature les assimile. Nous sommes dans un métier de l'invisible. On ne perçoit pas la complexité et la diversité de nos professions, de nos installations... Il faut accepter l'idée qu'il y ait un tarif de l'eau en croissance. C'est incontournable pour continuer d'investir, d'offrir aussi de nouveaux services qui peuvent être sources d'économie pour nos clients. Nous avons par exemple développé un système pour réduire le calcaire de l'eau dans les régions touchées. Il permet de générer jusqu'à 150 € d'économie par an en produits de décarbonatation. Pour rappel, le prix du mètre cube incluant l'assainissement est de l'ordre de 3,5 € en France, soit 10 % de moins que la moyenne européenne.

Quid de la succession du directeur général du groupe Suez, Jean-Louis Chaussade, en 2019 ? Etes-vous intéressée ?

La décision ne m'appartient pas. Et tout cela me paraît prématuré. Je dirais simplement que c'est un magnifique projet de conduire Suez.

Propos recueillis par Hélène Vermare et Laurent Odouard pour RésohebdoEco

Suez France en chiffres

33 000 collaborateurs

12 millions de personnes desservies par l'eau potable

14 millions de bénéficiaires du service de l'assainissement

9,9 millions d'habitants bénéficiaires du service de collecte des déchets

10,7 millions de tonnes de déchets collectés

8,5 millions de tonnes valorisées en matière ou en énergie




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