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Métro de Lyon / Dans les entrailles du chantier de prolongement de la ligne B

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Métro de Lyon / Dans les entrailles du chantier de prolongement de la ligne B
©SYTRAL - Acheminée par voie fluviale depuis le port Édouard Herriot, la roue de coupe (d'un diamètre de près de 10 mètres) forme la tête du tunnelier

Le tunnelier Coline se prépare à entrer en action. Pendant un an, ce bijou de technologie va progresser mètre après mètre dans le sous-sol lyonnais. Le monotube créé permettra de relier, en souterrain, Saint-Genis-Laval à Oullins. Ce chantier colossal et hors-norme fait travailler une centaine d'entreprises et quelque 250 personnes.

Coline impressionne et affiche sa démesure : une longueur de 122 mètres, un poids de 2 200 tonnes et une puissance de 7,6 MW, soit l'équivalent d'un TGV. Le tunnelier, baptisé du prénom de sa marraine, étudiante en 1re année de BTS Travaux publics, est aujourd'hui positionné sur son puits de lancement, à Saint-Genis-Laval.

Fin novembre 2019, ce véritable train-usine va commencer à grignoter le sous-sol à un rythme moyen de 200 mètres par mois. D'ici à un an, le tunnelier devrait donc avoir achevé sa mission et rejoint la station Gare d'Oullins après avoir parcouru près de 2,5 km.

« C'est un chantier spectaculaire qui s'ouvre et une séquence importante pour faciliter la mobilité des habitants de la Métropole de Lyon, particulièrement de milliers d'habitants du sud- ouest lyonnais », affirme Fouziya Bouzerda, présidente du Sytral, qui rap​pelle l'investissement de 391 M€ pour ce projet structurant. Le maire de Saint-Genis-Laval, Roland Crimier, estime quant à lui que le prolon- gement de la ligne B du métro sera « un facteur de développement permettant de renforcer l'attractivité du territoire et simplifier les dépla- cements des salariés ». Rien que le pôle hospitalo-universitaire de Lyon- Sud accueille 4 000 emplois et 4 500 étudiants !

Si le chantier entre aujourd'hui dans une des phases les plus actives – et sans nul doute la plus spectaculaire – avec la mise en service du tunnelier, le prolongement de la ligne B se prépare depuis de nombreuses années. C'est en janvier 2015 que la concertation préalable avait été lancée, suivie de l'enquête publique en octobre et de la déclaration d'utilité publique en mai 2016. Les travaux de déviation de réseaux ont eu lieu en 2017, avant que les opérations de génie civil ne soient débutées à la rentrée 2018. Plus de douze mois d'études et de travaux ont alors été nécessaires pour créer, à 18 mètres de profondeur, le puits d'entrée de 35 mètres de long du tunnelier.

Juste pour cette opération, il a fallu excaver 15 730 m3 de terre. « Les cinq remorques du tunnelier (aussi appelé train suiveur), qui assurent l'évacuation des déblais, l'approvisionnement en eau et en électricité ou encore l'approvisionnement en voussoirs, seront introduits au fur et à mesure de l'avancement du travail de la roue de coupe, du bouclier et de la jupe », précise Alain Richely, directeur du projet.

Avec son diamètre de près de 10 mètres, la roue de coupe, acheminée par voie fluviale depuis le port Édouard Herriot, forme la tête du tunnelier et la pièce maîtresse chargée de creuser le tube.

Ensuite, le tunnelier avancera anneau par anneau en posant des voussoirs de 1,80 mètre de large, sur lesquels il prendra appui pour poursuivre sa progression. Chaque anneau se compose de 7 voussoirs et 23 anneaux seront mis en place chaque semaine, permettant de gagner 41,4 mètres. Sur l'ensemble du chantier, ce sont précisément 8 799 voussoirs, fabriqués à Ambronay (Ain), qui seront posés.


Pour maintenir et consolider les sols lors du creusement, il faudra injecter de la boue devant le tunnelier. Cette boue bentonite sera préparée sur place dans une « usine » dont la capacité de débit traité peut atteindre 2 000 m3/heure, c'est-à-dire l'équivalent d'une piscine olympique. Sur le chantier, une machine à trier, appelée trommel, permettra, grâce à des tamis, de séparer les différents matériaux en vue de leur recyclage. 98 % des matériaux – terre, sable, galets, roche, eau, etc. – seront ainsi valorisés. Le tunnelier « recrachera » environ 170 000 m3 de déblais, dont 30 000 m3 qui seront récupérés pour être utilisés sur le site.

La boue excédentaire non recyclable sera déshydratée et pressée pour former des galettes. Ainsi, 257 tonnes de galettes sèches seront fabriquées chaque jour. Environ 60 m3/jour de mortier seront produits dans une centrale, également installée sur le site, pour solidifier les anneaux et le radier du tunnel. Enfin, un magasin avec 2 000 pièces de rechange en stock four- nira tout le nécessaire aux soudeurs, mécaniciens, électriciens...

En activité 7 j. / 7 et 24 h / 24 à compter d'avril-mai prochain, le tunnelier, fabriqué par l'entreprise allemande Herrenknecht, évoluera entre 15 et 25 mètres de profondeur et fonctionnera grâce à une vingtaine de personnes : pilote, opérateur de tapis, opérateur de la centrale de traitement des boues...

Il a fallu excaver 15 730 m3 de terre pour réaliser le puits d'entrée du tunnelier

(Photo ©Séverine Renard)

Certaines étapes seront plus délicates. « Après Oullins Centre, nous passerons d'un terrain alluvionnaire à un massif granitique. Il faudra ajuster le pilotage et être attentif à la vitesse d'avancement. Puis, nous rencontrerons un terrain plus perméable, qui nous obligera à adapter la boue pour maintenir la pression », explique Alain Richely. Les terrains, tantôt de limons argileux ou sableux, tantôt de granit ou de graviers, ont conduit les acteurs du chantier à opter pour un tunnelier à densité variable, le plus à même de répondre à la complexité géologique des sous-sols.

En amont du projet, un inventaire et un diagnostic du bâti tout au long du tracé ont été effectués. Outre le puits de lancement à Saint-Genis-Laval, un puits sera réalisé sur le site du Grand Revoyet, à Oullins, en plus du puits Orsel, déjà existant derrière la station Gare d'Oullins. Pour des raisons de sécurité, la législation impose des puits de secours et de ventilation tous les 800 mètres.

En tout, pas moins de 250 personnes d'une centaine d'entreprises pren- dront part au chantier. La maîtrise d'œuvre de l'opération a été confiée à Melyes, groupement Egis Rail et Systra, qui a conçu le projet et en assure le suivi technique et financier. Architecte Atelier Schall et Archi- tecte Atelier Zundel Cristea sont en charge de la conception architectu- rale au sein du groupement. Pour le génie civil, Implenia et Demathieu Bard vont construire le puits d'arrière gare, creuser le tunnel et réaliser la station d'Oullins Centre. NGE gère les travaux de la station Saint-Genis- Laval et Maïa Sonnier creusera le puits de secours et de ventilation du Grand Revoyet.

Pour permettre le fonctionnement du chantier et garantir de bonnes conditions de travail, trois bases vie sont mises en place : deux à Saint-Genis-Laval et une à Oullins Centre. « Nous sommes engagés dans une démarche d'insertion sociale avec un objectif de 10 % d'heures travaillées consacrées à l'insertion. Sur le chantier, 45 000 heures d'insertion seront comptabilisées », se félicite la présidente du Sytral.

Après le creusement du tunnel, les travaux de génie civil et d'équipe- ments et aménagements des stations se poursuivront jusqu'en 2022. Il faudra notamment couler la dalle de béton sur laquelle viendront se poser les rails et dérouler 300 km de câbles électriques, avant de mener les essais et la marche à blanc pendant un an. La mise en service de l'ex- tension, sur une ligne entièrement exploitée en pilotage automatique, est annoncée pour l'été 2023.

EXTENSION GARE D'OULLINS – SAINT-GENIS-LAVAL – HÔPITAUX SUD

391 M€ de budget 4 ans de travaux

100 entreprises intervenantes environ

122 m de long pour le tunnelier

2,5 km de tracé de ligne nou- velle avec deux stations supplémen- taires (Oullins Centre et Saint-Genis- Laval – Hôpitaux Sud)

25 000 voyageurs par jour attendus sur les deux nouvelles stations

18 minutes de temps de trajet entre les stations Charpennes et Saint-Genis-Laval – Hôpitaux Sud




Séverine RENARD
Journaliste

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