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Pascal Blain (Pôle Emploi Aura) : « Tout va se jouer dans les semaines qui viennent »

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Pascal Blain (Pôle Emploi Aura) : « Tout va se jouer dans les semaines qui viennent »
© Marine Agathe Gonard - La reprise des rendez-vous physiques se fera le 2 juin, annonce Pascal Blain, directeur de Pôle Emploi Aura

Pascal Blain, directeur de Pôle Emploi Auvergne-Rhône-Alpes, témoigne des nouveaux enjeux liés à la sortie progressive de l'activité partielle. Et si de premières hypothèses en région tablent sur une fourchette de 12 à 31 % d'augmentation du chômage, il faudra selon lui attendre la fin de l‘été pour mesurer les véritables effets de cette crise sans précédent.

Comment vous-êtes vous organisés au soir du 16 ​mars ?

Nous avons adapté l'ensemble de nos procédures pour passer massivement en mode télétravail. En réalité, nous étions mobilisés dès le mois février car nous avions recensé un cas de Covid-19 dans nos effectifs en région d'Annecy. Nous avons dû fermer l'agence concernée. Dès le 17 mars, 1 500 collaborateurs ont ainsi été « renvoyés » chez eux du jour au lendemain. Les agences ont toutes été fermées au 23 mars.

Quelles ont été les difficultés principales pour une structure comme Pôle Emploi ?

L'aspect sécurisation des données via les flux internet était primordial, puisque nous versons environ 5,2 Md€ par an d'allocations chômage (assurance chômage et allocation spécifique solidarité) en Auvergne-Rhône-Alpes, qui transitent de manière dématérialisée. Soit 450 000 M€ par mois, versés à 390 000 personnes.

Il était important pour les allocataires qu'on les rassure sur la continuité de nos services et des indemnisations. Mais nous n'avons pas connu - et nous ne connaîtrons pas - de problèmes de financement, donc de versement des allocations. Je pense notamment aux personnes qui sont arrivées en fin de droit pendant le confinement. Les textes de loi nous ont permis de les prolonger jusqu'au 31 mai, pour éviter qu'ils se retrouvent sans ressource durant ces deux mois.

Nous dépendons aussi d'une réglementation aux origines diverses (gouvernement, Unedic, direction générale de Pôle Emploi), arrivée en ordre dispersé durant les premiers jours du confinement. Il faut noter que le gouvernement a vite réagi avec des parutions de décrets, notamment en ce qui concerne les formations, les intérimaires, les intermittents, les frontaliers ou encore les personnes en fin de droits.


« 1,5 million de personnes ont été mises en chômage partiel en Auvergne-Rhône-Alpes »


Quel a été l'impact des mesures liées à l'activité partielle en région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Tous les gens qui sont en activité partielle sont potentiellement des actifs qui ne s'inscrivent pas à Pôle Emploi. Nous avons été, en ce sens, protégé dans notre activité par ce dispositif. 1,5 million de personnes en région ont été mises en chômage partiel depuis le début du confinement en Auvergne-Rhône-Alpes. Nous constatons même moins de licenciements par rapport à 2019 sur la même période (mars-avril). Ce qui alimente nos fichiers aujourd'hui, ce sont les fins de contrats courts (CDD et intérim). Nous enregistrons aussi moins de démissions.

Votre sentiment sur la nature même de cette crise et son impact sur le travail ?

Il faut analyser secteur par secteur. La baisse de l'activité est de 40 % dans l'industrie et de 90 % dans l'hôtellerie-restauration. Mais il faut aller plus loin dans l'analyse. Par exemple, l'industrie, l'aéronautique et l'automobile sont plus touchés que d'autres segments. Sans compter des entreprises qui se réorientent, à l'image du groupe Seb qui va produire des vélos à assistance électrique. Tout cela concourt à une évolution du monde du travail qui sera diversifiée et avec une dimension de relocalisation d'une partie de l'industrie qui sera importante - même hors secteurs stratégiques. Nous avons pu éprouver cette situation en interne au mois de février avec une commande d'ordinateurs qui a été annulée car les micro-processeurs étaient fabriqués en Chine, alors confinée. Je crois que les décideurs économiques vont se poser des questions sur cette situation de dépendance industrielle.

Si les entreprises continuent à accéder aux crédits et si la sortie de l'activité partielle se fait de manière progressive, nous devrions fortement limiter les dégâts. En revanche, si certains secteurs comme le tourisme, l'hôtellerie ou la restauration sont encore à l'arrêt pendant quelques mois, les risques de faillite sont évidents.

La crise vous incite-t-elle à réfléchir sur un nouveau fonctionnement de Pôle Emploi ?

La crise nous interroge déjà sur notre relation avec les demandeurs d'emplois et les employeurs. L'accueil physique en agence sera-t-il toujours aussi pertinent par rapport à sa forme actuelle ? Pourra-t-on pérenniser nos services à distance ? Autant de réflexions qui vont nous animer les prochains mois...

Les attentes des demandeurs d'emploi vont changer, au même titre que les compétences des conseillers Pôle Emploi ont été modifiées durablement pendant la crise. Nous avons mis en place des entretiens par téléphone ou en visio-conférence par exemple, ce qui ne se faisait pas auparavant.

Notre stratégie va forcément évoluer. Jusqu'à présent, nous étions en phase de décroissance du chômage, donc centrés sur les besoins des entreprises visant à réduire leurs difficultés de recrutement. Actuellement nous regardons domaine d'excellence par domaine d'excellence, comment évolue le besoin des entreprises et des formations... Il est probable que les entreprises vont trouver plus de profils qualifiés en restauration qu'auparavant dans nos fichiers. De leur côté, les 2 000 organismes de formation avec qui nous travaillons vont sûrement réfléchir à leurs offres futures.

Pendant le confinement, nous avons constaté que les deux tiers des organismes de formation ont continué leurs formations à distance. Il y aura aussi une volonté chez certains demandeurs d'emplois issus de filières sinistrées de se reconvertir et, du côté des chefs d'entreprise, de diversifier encore plus leurs outils de production et leurs services.


« Si les entreprises continuent à accéder aux crédits et si la sortie de l'activité partielle se fait de manière progressive, nous devrions fortement limiter les dégâts »


Vos liens avec les entreprises durant cette période ?

Nous avons constaté rapidement une diminution de 75 % des offres d'emploi de la part des entreprises. Aujourd'hui nous enregistrons 2 500 offres de formation par jour. Depuis un mois, l'activité reprend avec une hausse de 10 à 15 % par semaine et les dépôts d'offres sont pour la moitié des CDI. On constate par ailleurs une purge importante sur les contrats courts.

La plateforme « Mobilisation exceptionnelle Emploi », que nous avons mis en place au début de la crise et qui vise à soutenir les secteurs prioritaires (santé, agriculture, agro-alimentaire, transports, logistique, aide à domicile, énergie, télécommunication), a porté aussi notre activité avec le recueil de 5 121 offres, satisfaites à 71 %. Soit 20 % des offres en France, ce qui montre le dynamisme de notre région en matière d'emploi. Cette semaine par exemple, 50 postes ont été pourvus chez Boldoduc, qui a reconverti une partie de son appareil productif pour la fabrication de masques.

Nous sommes plutôt satisfaits de la relation avec les entreprises, même si nous sommes à -60 % de couverture des offres d'emplois. Les déclarations d'embauche ont diminué de 33 % sur la 2e quinzaine de mars et de 65 % en avril. Ces chiffres sont importants mais doivent être relativisés, car il s'agit en majorité de la fin de contrats courts. L'activité reste malgré tout vivace.

Votre avis sur la sortie de crise ?

J'étais en poste en Bourgogne, une région très industrialisée, lorsqu'il a fallu gérer la crise de 2008. Je trouve que nous sommes aujourd'hui plus outillés, car le gouvernement et les collectivités ont rapidement pris des mesures de financement - dont l'activité partielle, qui n'existait pas à cette période et qui a cruellement fait défaut. Il ne faut pas oublier que c'est plus d'un actif sur deux qui est en activité partielle. L'Etat a donc fourni un gros effort. Tout va se jouer dans les semaines qui viennent, c'est à dire à la sortie de l'activité partielle et avec la capacité de financement des entreprises. Sans compter que la consommation doit repartir, alors que les ménages tendent à épargner...


« Depuis un mois, l'activité reprend avec une hausse de 10 à 15 % par semaine et les dépôts d'offres sont pour la moitié des CDI »


Comment organisez-vous le retour au travail à Pôle Emploi ?

Depuis le 11 mai, nous préparons l'ouverture de l'accueil dans les agences avec des quelques collaborateurs qui sont revenus sur site. Cette semaine, 1 000 d'entre eux étaient au travail. La reprise des rendez-vous physiques se fera le 2 juin. En fonction des règles sanitaires en vigueur à ce moment, nous pourrons reprendre un certain nombre d'animations collectives en septembre. Ce sont des moments importants qui permettent d'organiser les rencontres entre les employeurs et les demandeurs d'emploi.

Un bond du taux de chômage est attendu. Quand surviendra-t-il ?

Nous serons fixés sur son ampleur entre août et septembre. Il faut déjà analyser de quelle manière nous allons sortir de l'activité partielle. On constate bien sûr que certaines entreprises sont déjà sous la protection des tribunaux de commerce mais, globalement, je ne note pas une hausse significative des licenciements économiques, ni des défaillances d'entreprises.

Actuellement, les chiffres du chômage augmentent mécaniquement car les embauches ne se font pas. Autrement dit, il y a moins de chômeurs qui trouvent un travail. Les deux tiers de la hausse du chômage sont expliqués par ce phénomène.

A fin mars, nous sommes sur une quasi stabilité par rapport au 1er trimestre 2019, avec 375 000 demandeurs d'emplois sur les trois premiers mois de l'année. En revanche, on compte 32 000 chômeurs de plus au mois de mars en catégorie A. Il faut noter que cette hausse s'explique en majorité par des fins de contrats non renouvelés... Il reste compliqué de faire des projections. Je travaille actuellement sur une fourchette entre 12 à 31 % de chômeurs en plus d'ici la fin de l'année. Mais cela reste encore très hypothétique.

Ses dates clés

2016 Directeur Pôle Emploi Auvergne-Rhône-Alpes

2011 Directeur Pôle Emploi Languedoc-Roussillon

2008 Directeur Pôle Emploi Bourgogne

2004 Directeur des Assedic Franche-Comté Bourgogne




Julien THIBERT
Journaliste

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