Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations sur la filière BTP en région Rhône-Alpes

Pendant le reconfinement, les chantiers continuent…

le - - Actualités

Pendant le reconfinement, les chantiers continuent…
Philippe Lansard et Dominique Guiseppin

Santé des entreprises, impact du reconfinement, formation et recrutement… Nous avons posé les mêmes questions aux présidents Auvergne-Rhône-Alpes de la FFB Philippe Lansard et de la Capeb Dominique Guiseppin.

Malgré la volonté du gouvernement de préserver l'activité du bâtiment, dans quelle mesure le reconfinement qui vient d'être décidé risque-t-il de casser la dynamique de rebond de l'activité enregistrée ces dernier mois ?

Dominique Guiseppin : Pour que les chantiers continuent, il faut que tous les acteurs autour des entreprises continuent à fonctionner : l'approvisionnement, tous les services administratifs qui instruisent les dossiers… Il faut que les clients gardent confiance dans leurs artisans. Nous avons fait une grosse campagne sur ce thème : « Votre artisan respecte les gestes barrières, j'ouvre ma porte ». Si les gens confinés chez eux ne veulent pas que l'on vienne travailler, ça va être compliqué. Et puis, pour ceux qui ne pourront pas continuer à travailler, il faut conserver toutes les aides existantes. Ce qu'il ne faudrait pas et qui peut casser cet élan, c'est un manque de confiance et de repli sur soi.

Après, nous avons la chance de pouvoir continuer à travailler. Mais la Capeb est membre fondateur de l'U2P [Ndlr : Union des entreprises de proximité], dont je suis le premier vice-président régional, et aujourd'hui je pense surtout à mes collègues commerçants de proximité qui ne peuvent pas ouvrir alors qu'ils ont fait souvent des efforts énormes pour mettre les gestes barrière en place. Et aux professions qui ont des stocks pour les fêtes de fin d'année et ne pourront rien vendre pendant un mois.

On nous a fait remarquer qu'on avait été beaucoup aidé. Plus que d'aides directes - à part le chômage partiel -, nous avons surtout bénéficié de délais de paiement. Ma crainte aujourd'hui, c'est que les entreprises qui ont contracté un PGE, demandé des délais à l'Urssaf… ne puissent pas respecter ces délais. L'Urssaf a fait passer une note pour dire que ses agents examineraient avec bienveillance les dossiers puis que les entreprises qui le demanderaient auraient des délais supplémentaires. Mais si l'entreprise n'a pas de chiffre d'affaires, elle ne peut pas faire face.

Philippe Lansard : Globalement les mesures annoncées au niveau de la reprise de l'activité sont bonnes. Sur nos chantiers comme dans nos bureaux, les mesures d'hygiène et de sécurité contenues dans le guide de préconisations de l'OPPBTP régulièrement réactualisé, nous permettent de travailler dans de bonnes conditions et de rassurer nos clients quant aux procédures mises en œuvre. Entre jeudi et vendredi dernier, nous avons donc pu « caler » nos chantiers.

Nous avons cependant plusieurs inquiétudes majeures. Le reconfinement, c'est en quelque sorte « boulot-dodo ». Il faut que toute notre chaîne d'approvisionnement, les fabricants, les distributeurs puissent travailler, idem pour la chaîne du particulier, les grosses enseignes. Nos craintes ont pour l'instant été levées par les différents ministres. La chaîne est en mode continuité.

Deuxième point inquiétant : lors du premier confinement, l'État n'a pas été exemplaire quant aux instructions des permis de construire. Maintenant que les conseils municipaux sont en place, espérons que les leçons ont été tirées. Il faut bien sûr que les instructions se poursuivent, que les services des communautés de communes et mairies soient en capacité de travailler à distance, que les moyens logistiques et matériels soient en place. Nous demandons un suivi de cette activité pour qu'il n'y ait pas de blocage.

Autre inquiétude : si certaines de nos entreprises ont une activité réduite - parce qu'elles doivent stopper ou décaler des travaux, des particuliers ne les recevant plus, des sociétés souhaitant réduire les intervenants extérieurs -, il faut qu'elles puissent bénéficier du chômage partiel.

Autre élément qui impacte notre activité : les cas de covid au sein de nos effectifs. Dans mon entreprise de 250 salariés, j'en ai forcément deux ou trois arrêtés chaque semaine. Nous sommes dans la gestion des ressources humaines.

Y-a-t-il déjà eu de la « casse » parmi vos entreprises adhérentes ? Des défaillances d'entreprises, des licenciements... ?

P.L. : Non, il n'y pas eu de défaillance d'entreprise. Les premières mesures d'accompagnement, les PGE ont permis de préserver les trésoreries. Et l'année 2019 avait été très dynamique au niveau de l'activité et des carnets de commandes que nous sommes en train de purger.

Idem pour les licenciements : la variable ajustement a été essentiellement l'intérim et la sous-traitance.

D.G. : On peut dire que non. Tout le monde s'est battu avec pugnacité pour garder son activité et ses salariés. On tient beaucoup à eux : il faut savoir qu'il faut 2 ou 3 ans minimum pour former un salarié dans le bâtiment, 4 ou 5 ans d'expérience pour qu'il soit autonome. Pour l'instant, tout le monde a résisté en prenant des risques, parce que - je le redis - toutes les entreprises ayant contracté des PGE devront rembourser. Idem pour l'Urssaf, la TVA, toutes les charges sociales…

Nous avons la chance d'avoir des adhérents qui jusqu'à ce jour - le reconfinement peut impacter les choses - sont plutôt confiants. 9 à 10 % ont retrouvé le niveau d'activité antérieur à la crise. Mais 25 % ont une trésorerie faible parce qu'ils ont fait l'avance des charges, de toutes leurs obligations.

Nous sommes donc confiants mais le résultat dépendra de l'attitude des Français en général, s'ils continuent à aller vers leurs entreprises de proximité, à ouvrir leurs portes. De notre côté, nous avons fait un très gros effort avec le guide de préconisations de l'OPPBTP, nos webinaires… qui ont permis d'armer nos entreprises pour qu'elles puissent aller travailler chez leurs clients.

Les mesures contenues dans le plan de relance, orientées vers la rénovation énergétique, sont-elles de nature à vous rassurer à court et moyen termes ?

D.G. : 6,7 Md€ consacrés à la rénovation des logements, c'est quand même énorme. Ce qui nous réjouit plutôt, c'est l'élargissement des primes aux ménages ayant un pouvoir d'achat plus élevé, et donc un fort potentiel pour lancer des travaux. Et puis le dispositif MaPrimeRénov prévoit 2 Md€ sur 2020-2021, c'est aussi une bonne nouvelle. Concernant le RGE [Ndlr : label « Reconnu Garant de l'Environnement], les dossiers sont souvent difficiles à monter et les délais de règlement sont un frein à l'activité dans le domaine de la rénovation.

P.L. : Le plan de relance favorise la rénovation énergétique, nous sommes satisfaits des budgets qui lui sont alloués. Nous avons cependant quelques doutes par rapport aux ménages à hauts revenus, ceux qui sont les plus susceptibles d'investir rapidement et massivement. Ceux-ci ont un accès limité aux subventions, elles sont faibles pour la rénovation globale. A voir donc si ces aides auront un effet déclencheur pour des travaux à venir.

Et puis, avant le reconfinement, il y avait déjà un décalage dans le temps pour l'application des mesures contenues dans le plan de relance. Avec cette nouvelle situation, le risque est qu'il y ait maintenant un décalage dans la volonté des particuliers de lancer des travaux, un problème de confiance qui leur fasse rester sur leur épargne.

La situation est aujourd'hui particulièrement difficile pour les jeunes entrant ou qui vont entrer dans le monde du travail… Dans votre secteur, la porte leur reste-t-elle ouverte ?

P.L. : Soyons clairs : les entreprises ne sont pas séparées de leurs salariés, mais je ne vous dirais pas que les embauches ont augmenté de 20 %… Nous remplaçons toujours les départs à la retraite par l'embauche d'apprentis en CDD ou CDI . Concernant la formation, notre volonté est de raisonner à moyen et long termes. La formation d'un apprenti dure entre 2 et 4 ans, il faut préparer le renouvellement de nos équipes. Pour la rentrée de septembre, nous avons eu autant d'apprentis qu'en 2019, même légèrement plus dans les CFA.

D.G. : Dans le réseau BTP CFA Auvergne-Rhône-Alpes, le nombre d'apprentis est de 6 700, un chiffre un peu supérieur à celui de l'an dernier. Les 77 CFA du réseau forment 72 % des jeunes. Les entreprises sont restées ouvertes aux apprentis, continuent à les accueillir. Environ 2 500 contrats sont en cours de signature. Il faut savoir que pour un chef d'entreprise, un contrat d'apprentissage c'est un engagement sur 2 ans. Et on considère qu'il faut 5 ans pour que l'apprenti ait fait le tour du métier. Cela veut dire qu'il y a une confiance en l'avenir. Si on ne fait pas cet investissement à moyen et long terme, on aura un manque de main d'œuvre qualifiée, compétente, c'est ce qui se passe aujourd'hui sur le marché du travail. L'artisanat a toujours investi dans l'apprentissage, c'est une voie de transmission millénaire du métier.





Fabien RIVIER
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Journal du Bâtiment Journal d'annonces légales et d'informations sur la filière BTP en région Rhône-Alpes

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer