AccueilActualitésPhilippe Pelletier, Plan bâtiment durable : "Notre mode de fonctionnement, c’est la concertation"

Philippe Pelletier, Plan bâtiment durable : "Notre mode de fonctionnement, c’est la concertation"

Pour Philippe Pelletier, président du Plan bâtiment durable, le cocktail gagnant pour tendre vers la neutralité carbone réside dans la concertation, la formation, l’effort collectif et l’attractivité.
Philippe Pelletier est le président du Plan bâtiment durable depuis 2009.
Batimat - Philippe Pelletier est le président du Plan bâtiment durable depuis 2009.

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Vous présidez le Plan bâtiment durable depuis 2009. Mais comment est-il né et dans quel but ?

Tout a démarré à la suite d’une rencontre avec Jean-Louis Borloo. Il était à l’époque investi dans le Grenelle de l’environnement. Durant cette grand-messe, des engagements environnementaux avaient été pris. Et le volet bâtiment et immobilier y était très présent. Donc, suite à ça, Borloo m’avait chargé d’un comité opérationnel, où j’ai pu travailler et faire des propositions sur la rénovation des bâtiments existants.

"Les trois quarts des dispositifs mis en place depuis viennent du Plan bâtiment durable"

Mais pour lui, il fallait aller plus loin et mettre au point une mobilisation dans la durée de la société civile, des industriels aux gestionnaires. Ce qui a abouti au Plan bâtiment durable dont le but est de proposer des dispositifs qui vont baliser le chemin vers 2050 et la neutralité carbone. Et ça fonctionne, puisque les trois quarts des dispositifs mis en place depuis viennent de notre groupe de travail. Nous avons été une machine à produire des idées. L’éco prêt à taux zéro, c’est nous, l’affichage des performances énergétiques dans les agences, c’est nous, la réglementation environnementale qui remplace la réglementation thermique, c’est nous…

Concrètement, comment fonctionne le Plan bâtiment durable ?

Très schématiquement, on met autour de la table des gens du terrain, qui représentent des intérêts contradictoires, mais qui ont en commun de vouloir trouver des solutions robustes. C’est une mission un peu baroque mais qui fonctionne. Par exemple, le décret tertiaire, qui organise l’obligation de rénovation énergétique des parcs tertiaires privés et publics de plus de 1 000 m2, a été coécrit par l’administration et la centaine de personnes que j’ai mis en face d’eux. Ce qui fait que lorsqu’il a vu le jour, personne ne l’a attaqué et tout le monde l’a mis en œuvre. Le maître mot de notre mode de fonctionnement, c’est la concertation.

On est aujourd’hui à environ 180 000 rénovations globales par an, là où il faudrait en avoir 700 000"

Actuellement, vous travaillez sur la feuille de route de la décarbonation de l’activité du bâtiment.

Oui. Ça s’inscrit dans un mouvement général où toutes les branches de l’activité économique du pays ont été invitées par le parlement à réfléchir à leur décarbonation. Et ça pourrait aboutir au final à une loi de programmation. Mais avant d’en arriver là, j’ai mené un travail en chambre à Paris, autour de quatre thématiques différents. Et désormais, nous sommes en pleine concertation régionale, pour rencontrer des gens de terrain à qui l’on soumet des propositions des groupes de travail parisiens, pour qu’ils puissent nous faire leur retour.

Marie-Soriya Ao et Philippe Pelletier, lors de la journée Eco bâtiment à Lyon.

L’idée du Plan bâtiment durable n’est donc pas d’être dogmatique mais plutôt concret et réaliste…

Evidemment. Sinon ça ne sert à rien. Et j’espère bien que le gouvernement va écouter nos propositions et les reprendre.

Aujourd’hui, le grand défi du secteur de la construction, c’est de répondre aux objectifs fixés pour 2050. C’est réaliste ?

Il y a deux objectifs : l’objectif énergie, posé dès 2009, et qui impose, d’ici 2050, que le parc immobilier ait une moyenne BBC (NDLR : bâtiments basse consommation), c’est-à-dire entre 50 et 80 kw/m2/an en énergie primaire. Le deuxième objectif a été fixé par Nicolas Hulot et impose la neutralité carbone des bâtiments d’ici 2050.

"Il faut que les artisans se dirigent vers des groupements"

Le grand challenge, ça n’est pas la construction neuve mais la rénovation ?

Tout à fait. Sur le neuf, on a une réglementation, la RE2020, qui fait mieux que la basse consommation. Donc, à raison de 1 % de constructions neuves par an, d’ici 2050, on aura 30 % des bâtiments qui seront au-dessus de la moyenne demandée. Pour le parc existant, c’est beaucoup plus compliqué.

Aujourd’hui, la France est-elle en retard sur la rénovation énergétique si elle veut atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ?

Tout dépend où l’on regarde. Dans le parc social, par exemple, les choses avancent bien puisque l’on procède à des rénovations globales, à raison d’environ 100 000 par an. Dans le parc privé, en revanche, c’est plus compliqué. Un dispositif comme MaPrimeRénov a permis de subventionner 700 000 rénovations, mais ce sont principalement des gestes de rénovation. On est aujourd’hui à environ 180 000 rénovations globales par an, là où il faudrait en avoir 700 000. On a encore une grande marche à franchir.

"Un mouvement qui marche sur deux jambes, la formation et le groupement"

Pour beaucoup, la solution serait de passer de la rénovation par geste à la rénovation globale. Comment ?

Mon discours ne passe pas toujours auprès des différentes fédérations mais je pense que nous n’avons pas, en quantité et en qualité sur l’ensemble du territoire, les forces-vives pour assurer des rénovations globales.

Donc la clé, c’est la formation. Mais à l’heure actuelle, en France, nous avons une grande majorité d’entreprises unipersonnelles, qui n’ont pas le temps pour acquérir les compétences nécessaires. Ça veut dire que, pour y arriver, il faut qu’elles se dirigent vers des groupements d’artisans, temporaires s’il le faut.

Pourtant les groupements sont encore trop peu présents. Pourquoi ?

Déjà, juridiquement, la formule est trop contraignante. Et, c’est culturellement compliqué. L’artisanat est encore trop cloisonné en France. Pourtant, on a besoin d’eux pour relever le défi de la rénovation des bâtiments. Mais ça suppose de les embarquer dans un mouvement qui marche sur deux jambes, la formation et le groupement.

"Le bâtiment peut attirer un public par le jeu, par la démonstration"

Selon vous, l’effort de formation doit être très important. Mais quel rôle doit jouer l’Etat ?

Il doit aider au financement des formations. Il a déjà avancé en ce sens avec l’éco conditionnalité des aides. Derrière ce mot abscons se cache une réalité simple : l’Etat ne donne pas un euro de subvention si les travaux ne sont pas réalisés par un professionnel qualifié. Le problème c’est qu’aujourd’hui, les formations requises ne sont pas suffisantes. Il faudrait hausser le curseur. Probablement en multipliant les formations à travers des MOOC. Ou en inventant des formations sur les lieux de distribution de matériaux. Ou sur chantiers.

Mais le problème aujourd’hui n’est pas que dans la formation. Il n’y a pas suffisamment de main d’œuvre pour résoudre les défis de la rénovation énergétique. Comment faire ?

Deux idées. On sait que certains secteurs vont dégraisser, comme l’automobile et l’aéronautique. On aura donc des personnels qui ont appris les gestes rigoureux et seront en recherche d’emploi. Pourquoi ne pas les intéresser aux métiers du bâtiments, notamment au hors-site ? Et côté formation initiale, il faut arriver à réussir ce que des secteurs comme la restauration ou la pâtisserie ont réussi avec les émissions de télé. Je suis persuadé que le bâtiment peut attirer un public par le jeu, par la démonstration. Et que l’on arrête de voir ces filières comme des voies de garage. Ça n’est pas du tout ça en Allemagne. Là-bas, être électricien ou plombier, c’est très bien.

"Il faut que notre outil de production s’améliore et se modernise"

Justement, quelle place occupe la France par rapport à ses voisins européens au niveau de la rénovation énergétique des bâtiments ?

La France a démarré au moins 20 ans après les pays du Nord et l’Allemagne. Mais aujourd’hui, notre programme de rénovation est plus vigoureux que celui des Allemands. Et sur le plan du neuf, nous sommes largement leader. Il n’y a pas un pays qui a une exigence aussi importante.

Donc, selon vous, la France pourra atteindre les objectifs fixés pour 2050 ?

Les efforts doivent être réels pour cela. Et l’industrie immobilière va devoir réaliser sa mue. Ça n’est pas encore le cas pour le moment. Il faut que notre outil de production s’améliore et se modernise.

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