AccueilRhôneSécheresse : "Modifier nos activités pour protéger les nappes phréatiques"

Sécheresse : "Modifier nos activités pour protéger les nappes phréatiques"

Le Sagyrc alerte sur les ressources en eau et sur la sécheresse dans le bassin versant de l’Yzeron. Entretien avec son président, Jean-Charles Kolhaas, également 5e vice-président de la Métropole de Lyon.
Sécheresse : "Modifier nos activités pour protéger les nappes phréatiques"
DR - L' un des dangers est l'arrêt total du débit de l'Yzeron sur certains secteurs

Rhône Publié le ,

Vous évoquez un recul de 75% des ressources en eau par rapport à une année normale, qu’appelle-t-on une année normale ?

Toutes les années sont différentes, mais il y a une moyenne. Le cumul de pluie enregistré sur la métropole de Lyon de janvier à mai a été le plus bas enregistré depuis 35 ans. On est à 120 mm, la moyenne est à 290 mm. Globalement sur le bassin versant de l’Yzeron, on est à 75% de pluie de moins par rapport à la moyenne sur les 30-40 dernières années.

Sécheresse dans le Rhône : "Si la situation s’aggrave, les mesures seront encore plus coercitives"

Il existe deux types de nappes phréatiques. Les nappes profondes qui fournissent l’eau potable à tous les habitants de la Métropole (4-5mètres sous le sol) plutôt sur le bassin du Garon et sur l’Est lyonnais et les nappes superficielles, très peu profondes et proches de la rivière. Elles font vases communiquant avec l’Yzeron, en cas de fortes pluie et se vident en cas de sécheresse, pour assurer un débit minimum. Or elles sont tellement basses en ce moment que le débit de l’Yzeron est de 46 litres/seconde, quand on était à 126 l/s en mai 2019 qui était déjà une période sèche. Un débit moyen se situe autour de 400 l/s. Or il faut un minimum de débit pour maintenir la vie de la faune et de la flore dans la rivière.

La différence de 1 à 10, est énorme, comment faire face ?

On est très inquiet, le préfet a décidé de prendre des arrêtés de sécheresse, si la situation s’aggrave, les mesures seront encore plus coercitives. Sur la métropole, les pompes à chaleur qui plongent dans les nappes phréatiques ont été interdites, car elles provoquaient le réchauffement de l’eau. A partir d’un certain seuil, elle devient impropre à la consommation. Sur le quartier Confluence, on est entre Rhône et Saône, la nappe va jusqu’à presque 30 mètres de profondeur. Les constructions en sous-sol sont remises en question, un projet de parking souterrain profond serait probablement interdit aujourd’hui par l’autorité environnementale (l’Etat), dans les zones connues de nappes phréatiques profondes. Quand un prolongement du métro à la Part-Dieu a été étudié ainsi qu’un éventuel projet de gare souterraine avec deux voies enterrées, l’Etat a signalé qu’il y avait risque sur la nappe en souffrance.

Quelles mesures plus dures peuvent être prises ?

A l’heure actuelle, par arrêtés préfectoraux, on ne peut que remplir une piscine en début de saison mais on ne peut pas la vider et la remplir à nouveau en pleine saison, seules sont autorisées les remises à niveau. Les lavages de véhicules sont interdits aux particuliers en dehors des stations de lavage. S’il y a aggravation, tous les lavages seront interdits.

Comment peut-on contrôler l’utilisation de l’eau ?

Ce n’est pas le rôle du Sagyrc, mais celui de la police de l’eau, qui ne dispose pas des effectifs suffisants. Pour nous, Sagyrc, il est important de communiquer, d’informer d’éduquer. On voit couramment des particuliers arroser les pelouses en plein soleil, la police municipale peut intervenir, et dresser contravention. Nous incitons les communes à des stratégies d’économie dans leur gestion des stades, des espaces verts, en arrosage de nuit et à l’équipement en récupérateurs d’eau…De même avec les nombreux jardins collectifs partagés.

Et l’agriculture ?

Le vrai problème, c’est que l’agriculture arrose en pleine journée par-dessus, et entraîne l’évaporation. L’enjeu est d’arroser la nuit et au plus près du sol. Cela nécessite plus d’équipements et de main d’œuvre. Les technologies existent. L’agriculture biologique est aussi une solution, elle nécessite 10 fois moins d’eau que l’agriculture qui sature les sols de pesticides et assèche la terre, ce qui la rend imperméable, elle absorbe beaucoup moins l’eau. Les techniques de paillage sont une solution ancestrale facile et qui retient l’eau et l’humidité.

Peut-on stocker l’eau de pluie, que pensez-vous des fameuses retenues qu’on appelle les « piscines » ?

Stocker dans des citernes souterraines est une bonne solution. Les retenues collinaires artificielles sont néfastes, car elles ne retiennent pas toute l’eau et sont connectées à la rivière, elles captent son débit. On en a une vingtaine sur le bassin de l’Yzeron, elles sont très peu aux normes et certaines ont été construites sans autorisation. Elles prennent l’eau de la rivière, la stockent à l’air libre et elle s’évapore. On essaie d’améliorer les retenues existantes, de les mettre aux normes pour permettre de lâcher un peu d’eau dans la rivière pour maintenir un minimum de débit.

La Métropole va passer en gestion de l’eau par régie directe, qu’est cela va changer ?

Il faudra probablement en venir à une gestion plus rigoureuse et des tarifs à plusieurs vitesses : un prix très réduit voir la gratuité pour les petits consommateurs sur les premiers m3, un prix plus élevé pour les gros utilisateurs en piscines par exemple.

Le SAGYRC (Syndicat Mixte d’Aménagement et de Gestion de l’Yzeron, du Ratier et du Charbonnières) est en charge de la gestion et des aménagements des cours d’eau du bassin versant de l’Yzeron. Il regroupe 5 intercommunalités et 19 communes de l’ouest lyonnais.

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 23 juin 2022

Journal du23 juin 2022

Journal du 16 juin 2022

Journal du16 juin 2022

Journal du 09 juin 2022

Journal du09 juin 2022

Journal du 02 juin 2022

Journal du02 juin 2022

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?