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3 questions à Patrick Chaize

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3 questions à Patrick Chaize
J.-M.P. - Patrick Chaize, sénateur de l'Ain, préside l'association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel

Le président de l'Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel (Avicca) revient sur le retard qu'accuse la France en matière de Très haut débit et appelle les autorités compétentes à revoir leur stratégie de déploiement.

Un peu partout sur le territoire, des entreprises isolées ou situées dans des zones d'activité de petite dimension se plaignent de ne pas pouvoir disposer du Très haut débit. Vous confirmez ?

La France est classée 18e sur 26 en Europe pour la transformation numérique de ses entreprises, ce qui nuit gravement à leur compétitivité. Un retard majeur, dû en partie aux mauvaises conditions d'accès au Très haut débit. Avec le cuivre, ça coince vite ! Les blocages sont encore nombreux, côté infrastructures et côté concurrence. L'Arcep et l'Autorité de la concurrence avaient cerné le problème : le quasi duopole d'Orange et SFR, dont la clientèle professionnelle est victime. Pour y remédier, l'Arcep mise à juste titre sur le déploiement généralisé de la fibre. Des mesures ont été prises, qui auraient pu enfin produire leurs premiers effets. Mais ce n'est pas simple car les deux opérateurs déploient aussi sur la vaste zone d'initiative privée. Autant dire que l'Arcep et l'Autorité de la concurrence doivent veiller au grain, sans délai, sans faiblir, ni faillir.

En tant que président de l'Avicca, quels remèdes préconisez-vous ?

La France compte plus de 1 500 sociétés qui accompagnent les entreprises dans leur transformation numérique. Mais ces opérateurs alternatifs ne peuvent se battre à armes égales avec les opérateurs verticalement intégrés car l'accès au réseau FttH leur coûte 10 à 15 € par mois de plus. Un remède fait pourtant ses preuves depuis plus de dix ans, initié par les collectivités qui ont déployé les premiers réseaux d'initiative publique (RIP), des réseaux neutres et mutualisés qui ont énormément favorisé la concurrence. L'Arcep s'en est inspirée. Dès 2017, l'autorité a décidé de mettre en place des conditions pour qu'un opérateur de gros puisse, au niveau national, reproduire ce que les collectivités ont fait localement. Le pari semblait gagné, le démarrage commercial de Kosc prouvant que la demande était bien là. Mais les barrières à l'entrée sur ce marché continuent de mettre en péril cette timide tentative d'ouverture concurrentielle.

Ne pensez-vous pas que l'arrivée sur le marché de Bouygues et Free pourra arranger la situation ?

Surtout, ne soyons pas dupes des annonces de l'arrivée de Bouygues et Free. Comme dit Jacques Marceau, président d'Aromates : « C'est peu face aux géants bien installés, mais sans doute suffisamment pour se rendormir avec la satisfaction du devoir accompli ». Il ne faut pas exclure non plus le risque que les actifs de Kosc soient repris par un autre opérateur intégré. Le marché professionnel ne gagnera rien à passer d'un duopole à un oligopole, bien au contraire. L'existence des zones de concurrence créées par les collectivités est elle-aussi fragilisée. Le régulateur a été prompt à étendre la zone dite « ZF1 » en donnant une liberté tarifaire à Orange pour y concurrencer les réseaux d'initiative publique. Arguant que la concurrence y est effective, le régulateur se dit en effet « contraint » de déréguler Orange, oubliant par là-même qu'il ne doit bien souvent l'effectivité de cette concurrence qu'à la seule présence des RIP. Et sans régulation, les mêmes barrières qui auront handicapé Kosc pourront librement menacer les réseaux d'initiative publique. Les instances nationales – y compris l'Autorité de la concurrence – doivent revoir en urgence leur stratégie en la matière. La concurrence doit être une exigence, pas un simple souhait, et la situation actuelle est très inquiétante, car chaque année de perdue l'est également pour la compétitivité des entreprises françaises.




Jean-Marc PERRAT
Journaliste

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